Poème
La nuit opérée
par Antonin ARTAUD
Dans les outres de draps gonflés où la nuit entière respire, le poète sent ses cheveux grandir et se multiplier. Sur tous les comptoirs de la terre montent des verres déracinés, le poète sent sa pensée et son sexe l’abandonner. Car ici la vie est en cause et le ventre de la pensée; les bouteilles heurtent les crânes de l’aérienne assemblée. Le Verbe pousse du sommeil comme une fleur ou comme un verre plein de formes et de fumées. Le verre et le ventre se heurtent, la vie est claire dans les crânes vitrifiés. L’aréopage ardent des poètes s’assemble autour du tapis vert le vide tourne. La vie traverse la pensée du poète aux cheveux épais. Dans la rue rien qu’une fenêtre, les cartes battent; dans la fenêtre la femme au sexe met son ventre en délibéré.
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