Poème
La Nuit dans l'Ile
par Pablo NERUDA
Toute la nuit j'ai dormi avec toi près de la mer, dans l'île. Sauvage et douce tu étais entre le plaisir et le sommeil, entre le feu et l'eau. Très tard peut-être nos sommeils se sont-ils unis par le sommet ou par le fond, là-haut, comme des branches agitées par le même vent, en bas, comme rouges racines se touchant. Peut-être ton sommeil s'est il aussi dépris du mien et sur la mer et sur sa nuit m'a-t-il cherché comme avant toi et moi, quand tu n'existais pas encore, quand, sans t'apercevoir, je naviguais de ton côté et que tes yeux cherchaient ce qu'aujourd'hui - pain, vin, amour, colère - je t'offre à pleines mains à toi, la coupe qui attendait de recevoir les présents de ma vie. J'ai dormi avec toi toute la nuit alors que la terre en sa nuit tournait avec ses vivants et ses morts, et lorsque je me réveillais soudain, par l'ombre environné, mon bras te prenait par la taille. La nuit ni le sommeil n'ont pu nous séparer. J'ai dormi avec toi et ta bouche, au réveil, sortie de ton sommeil me donna la saveur de terre, d'algues, d'onde marine, qui s'abrite au fond de ta vie. Alors, j'ai reçu ton baiser que l'aurore mouillait comme s'il m'arrivait de cette mer qui nous entoure. Traduction Pierre Clavilier
Commentaires (3)
*Merci beaucoup à Nanouchkafab44 pour cette belle proposition* - Version originale en castillano - Toda la noche he dormido contigo junto al mar, en la isla. Salvaje y dulce eras entre el placer y el sueño, entre el fuego y el agua. Tal vez muy tarde nuestros sueños se unieron en lo alto o en el fondo, arriba como ramas que un mismo viento mueve, abajo como rojas raíces que se tocan. Tal vez tu sueño se separó del mío y por el mar oscuro me buscaba como antes cuando aún no existías, cuando sin divisarte navegué por tu lado, y tus ojos buscaban lo que ahora —pan, vino, amor y cólera— te doy a manos llenas porque tú eres la copa que esperaba los dones de mi vida. He dormido contigo toda la noche mientras la oscura tierra gira con vivos y con muertos, y al despertar de pronto en medio de la sombra mi brazo rodeaba tu cintura. Ni la noche, ni el sueño pudieron separarnos. He dormido contigo y al despertar tu boca salida de tu sueño me dio el sabor de tierra, de agua marina, de algas, del fondo de tu vida, y recibí tu beso mojado por la aurora como si me llegara del mar que nos rodea.
C'est un plaisir, j'aime tellement Neruda !
L'île pour les amants n'est pas une prison, C'est comme s'ils étaient tous deux sur un nuage ; De l'île au long du jour, l'immobile voyage Traverse les instants, les heures, les saisons.
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