Poème
La Nuit
par Émile VERHAEREN
Depuis que dans la plaine immense il s'est fait soir, Avec de lourds marteaux et des blocs taciturnes, L'ombre bâtit ses murs et ses donjons nocturnes Comme un Escurial revêtu d'argent noir. Le ciel prodigieux domine, embrasé d'astres, - Voûte d'ébène et d'or où fourmillent des yeux - Et s'érigent, d'un jet, vers ce plafond de feux, Les hêtres et les pins, pareils à des pilastres. Comme de blancs linceuls éclairés de flambeaux, Les lacs brillent, frappés de lumières stellaires, Les champs, ils sont coupés, en clos quadrangulaires, Et miroitent, ainsi que d'énormes tombeaux. Et telle, avec ses coins et ses salles funèbres, Tout entière bâtie en mystère, en terreur, La nuit paraît le noir palais d'un empereur Accoudé quelque part, au loin, dans les ténèbres.
Commentaires (1)
Porteur de rameaux ------------------------ Rapace d'argent dans le soir, Parmi les trèfles taciturnes, Survolant les donjons nocturnes Brillants et maçonnés de noir. L'oiseau planant sous les étoiles A du sourire dans ses yeux ; Il transporte un rameau de feu Dont, par moments, l'éclat se voile. Bientôt viendra la nuit funèbre ; Le moment des grandes terreurs Où tremblent moine et empereur, Cet incertain temps de ténèbres.
Connecte-toi pour laisser un commentaire.