Poème
La Déesse
Quand au matin ma déesse s’habille D’un riche or crespe ombrageant ses talons... Ronsard, Amours, livre I. Quand les trois déités à la charmante voix Aux pieds du blond Pâris mirent leur jalousie, Pallas dit à l'enfant: Si ton coeur m'a choisie, Je te réserverai de terribles exploits. Junon leva la tête, et lui dit : Sous tes lois Je mettrai, si tu veux, les trônes de l'Asie, Et tu dérouleras ta riche fantaisie Sur les fronts inclinés des peuples et des rois. Mais celle devant qui pâlissent les étoiles Inexorablement détacha ses longs voiles Et montra les splendeurs sereines de son corps. Et toi lèvre éloquente, ô raison précieuse, Ô Beauté, vision faite de purs accords, Tu le persuadas, grande silencieuse ! Juin 1842.
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Petit esquif de sinople --------------------- La déesse voulut des sirènes la voix Écouter une fois, par simple jalousie ; Or, minuscule fut la nef qu’elle a choisie, Dont mince fut la toile et frêle fut le bois. Le nautonier savait des quatre vents les lois, Aucun sort ne pouvait le frapper d’amnésie ; Le voyage se fit sans nulle fantaisie, Car Neptune en ces jours était digne de foi. Ils ont vogué trois nuits sous les pâles étoiles, La brise du ponant toujours enflait leur voile ; Mais la déesse a vu se transformer son corps. Tes jambes que remplace une queue sinueuse, Ta voix qui maintenant lance de purs accords ; Tu es reine et poisson, hybride et monstrueuse !
Fol esquif -------- Mon équipage est malheureux, Même notre ancre est affligée ; Au gré d’une mer enragée, Le chemin se fait douloureux. Toi dont nous fûmes amoureux, Ô mer, ton humeur est changée ; Je crains la fatale plongée, Je crains tes assauts vigoureux. Calmez-vous, vagues homicides ; Que revienne le temps placide, Que cesse enfin notre détresse. À chaque virement de bord Nous voyons ricaner la Mort ; C’est une mauvaise maîtresse.
* * * ---- Le pirate voit Un frêle esquif à tribord Et c'est le naufrage.
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