Poème
La couronne effeuillée
par Marceline DESBORDES-VALMORE
J'irai, j'irai porter ma couronne effeuillée Au jardin de mon père où revit toute fleur ; J'y répandrai longtemps mon âme agenouillée : Mon père a des secrets pour vaincre la douleur. J'irai, j'irai lui dire au moins avec mes larmes : " Regardez, j'ai souffert... " Il me regardera, Et sous mes jours changés, sous mes pâleurs sans charmes, Parce qu'il est mon père, il me reconnaîtra. Il dira: " C'est donc vous, chère âme désolée ; La terre manque-t-elle à vos pas égarés ? Chère âme, je suis Dieu : ne soyez plus troublée ; Voici votre maison, voici mon coeur, entrez ! " Ô clémence! Ô douceur! Ô saint refuge ! Ô Père ! Votre enfant qui pleurait, vous l'avez entendu ! Je vous obtiens déjà, puisque je vous espère Et que vous possédez tout ce que j'ai perdu. Vous ne rejetez pas la fleur qui n'est plus belle ; Ce crime de la terre au ciel est pardonné. Vous ne maudirez pas votre enfant infidèle, Non d'avoir rien vendu, mais d'avoir tout donné.
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J’ai vu Maître Lézard en pleurs dans les herbages, J’ai vu Dame Lézard, des larmes dans les yeux ; Ils ont perdu ce qu’ils avaient de plus précieux : Le bel anneau de plomb, témoin de leur mariage. Par-dessus la prairie, c’est l’azur sans nuages Qui embarque à son bord les habitants des cieux. Capitaine dodu, le soleil orgueilleux En gilet de satin conduit son équipage. Qui entend des lézards l’émouvante supplique ? Pourront-ils retrouver leur anneau métallique ? Il faut craindre que non, car nul n’en a souci. Federico chanta cette étrange comptine, Beau souvenir pour moi de lecture enfantine ; Devenu vieux lézard, je lui dis grand merci.
http://www.youtube.com/watch?v=Lgk9thbhCo8#t=27
On ne peut les appeler « lézards martiaux ».
Gravitation romantique ------------------ La pomme de Newton tombe dans les herbages, Ce fruit miraculeux disparaît à nos yeux ; Peut-être est-il toujours sous le regard de Dieu, Mais les simples mortels en ont perdu l'image. Le sage physicien contemple les nuages, Cherchant la juste Loi qu'ils suivent dans les cieux ; Leur mouvement n'est pas ce qu'il comprend le mieux, Mais son esprit vaillant jamais ne perd courage. Clairement, le cosmos est une mécanique, Peut-être ondulatoire ou peut-être quantique ; Mille détails obscurs s'éclairciront ainsi. Mais il se fait grand temps d'aller à la cantine, D'autant plus que, mardi, c"est jour de galantine ; Le Seigneur Estomac le tient à sa merci.
Ni fleurs ni couronnes ------- Défunt, tu vas nourrir l’herbage, Tu n’existes plus à nos yeux ; C’est bon, nous t’avons dit adieu, Ta veuve archive tes images. Mort, tu ne vaux pas un nuage, De ceux que je vois dans les cieux ; Ne parlons plus de toi, c’est mieux, Ce ne serait qu’un bavardage. Tu n’as plus rien d’océanique, Ni même, crois-moi, d’organique, Car tu n’es plus rien, c’est ainsi. Ta statue chryséléphantine Se dresse auprès de la cantine ; C’est moyennement réussi.
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