Poème
La Coupe
Le poëte en sa coupe, orgueil du ciseleur, S'enivre, et boit le vin amer de la douleur. Puis, après avoir bu le vin, il boit la lie Où dorment la tristesse et la mélancolie. Et puis, après la lie encore, tout au fond, Dorment en un flot noir l'accablement profond Et l'inutile amour de l'Idéal qui lève Son front chaste, et l'horreur effrayante du rêve. Et comme, en regardant longtemps ce flot moqueur, Le poëte qui sent se soulever son coeur, A dans ses sombres yeux l'égarement d'Oreste, La Muse lui dit: Mon bien-aimé, bois le reste! Paris, le dimanche 5 septembre 1886.
Commentaires (1)
Mallarmé, magicien du vers, Tant pour la rime que la coupe ; Tes admirateurs, une troupe D'un peu partout dans l'univers. Tu chantes des sujets divers, La nef à l'imposante poupe Et l'horizon qui se découpe, Les noirs corbeaux dans les hivers ; Quiconque à te lire s'engage Se trouve pris dans le tangage Et le roulis ; point de salut. Mais remercie ta bonne étoile : Ton écriture te valut De figurer sur cette Toile.
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