Poème
La Clairière
par Robert DESNOS
Le socle sans statue, à l’ombre de ces arbres S’enfonce dans le sol un peu plus chaque jour Sous l’invisible poids d’un fantôme de marbre Qui le piétine et le talonne et se fait lourd. À moins qu’en s’en allant vers un fatal banquet Le commandeur ne l’ait renvoyé au naufrage. Comme un caillou qu’on jette à l’eau, du bord des plages, Il fait mouche à sa cible et rejoint son reflet. Mais je devrais entendre, au moins, près de l’étang La fanfare sonnée par Don Juan qui l’invite... La voici, les échos la portent, je l’entends. Je sens sous mes deux pieds la terre qui palpite.
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Animaux par douzaines --------------------- Les animaux chinois, bavardant sous les arbres, Vivent par clans de douze, et nous comptons nos jours Grâce à leur succession qu'on grave dans le marbre. Cinq fois douze pour moi, ça fait déjà bien lourd. Changement d'animal, les gens font un banquet, Un an de moins, déjà, jusqu'au final naufrage ; Un an de moins jusqu'à cette accueillante plage Où se perd le nageur, où s'éteint son reflet. Douze animaux chinois, la mesure du temps, La vie qui nous sourit, la mort qui nous invite : Leur chanson à deux voix, chacun de nous l'entend, Craignant que le concert ne finisse trop vite.
Grande marée de Seine ------------------------------ Le long du boulevard, les flots baignent les arbres, Ça ne fait que monter depuis quarante jours ; La Sorbonne a baigné ses durs perrons de marbre Dans le courant liquide où flottent des corps lourds. Les poissons, visitant la salle des banquets, Contemplent, fort curieux, les débris des naufrages ; Du ciel, l'inondation multiplie le reflet, Le fleuve a découvert quelques nouvelles plages. De nouveaux ruisselets, puis, de nouveaux étangs Où le castor avec la grenouille s'invite ; La grande cataracte, au lointain, je l'entends, C'est tout près de chez moi, la Bièvre qui palpite.
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