Poème
La Chanson du Vin
Un soir l'âme du vin chantait dans les bouteilles. Charles Baudelaire. Parmi les gazons Tout en floraisons Dessous les treilles, J'écoute sans fin La chanson du Vin Dans les bouteilles. L'Ode à l'Idéal Au fond du cristal Coule embaumée. La strophe bruit, Et, limpide, suit Sa sœur charmée. Les nectars vermeils Chantent les soleils De la jeunesse, Et tous les retours Qui font nos amours Pleins de tristesse ; Et le dieu cornu, Le beau guerrier nu, Dans les mêlées, Qui guide en rêvant Des femmes au vent Échevelées ; Le dieu des pressoirs Qui, sous les pins noirs Du mont Ménale, Fait, pendant la nuit, Courir à grand bruit La bacchanale ! Et le tambourin Des vierges sans frein Dans leurs querelles, Qui, loin des regards, Dans les bois épars S'aiment entre elles ; Et le chœur dansant Qui, rouge, et versant Dans son délire Le sang et le vin, Brise le devin Avec sa lyre ! Le Nectar nous dit : O vous qu'engourdit La Poésie, Plus de vains sanglots ! Buvez à mes flots La fantaisie. Ne réservez plus Vos vœux superflus Et vos tendresses Pour les impudeurs Et pour les froideurs De vos maîtresses. Nos claires prisons Montrent aux raisons Évanouies L'âme des couleurs, Du rhythme et des fleurs Épanouies ! Nos secrets plaisirs, Nés dans les loisirs, Ont à s'accroître, Pour les sens domptés Plus de voluptés Que ceux du cloître. Mais fuis, jeune élu, Le bois chevelu, Le flot rapide Et l'antre secret Où te rencontrait L'Aganippide ! Le thyrse est levé. Dans le lieu trouvé Pour les mystères, Hurlent de fureur Les vierges en chœur Et les panthères. Privé de tombeaux, L'impie en lambeaux Meurt comme Orphée. Dans l'onde à la fois Sa lyre et sa voix Pleure étouffée, Tandis qu'au lointain Bondit, le matin, Toute rougie, En vociférant Sur l'indifférent, La sainte Orgie ! Septembre 1844.
Commentaires (1)
Monstre assoiffé de vin ------------- Ce monstre n’eut jamais la foi du charbonnier, Pour lui, seul Dionysos est un Être Suprême ; C’est un dieu qui jamais ne prescrit de carême, Mais sort de bons flacons du fond de son panier. Toujours notre héros pour boire est le premier, Car, pourquoi se priver, quand on a ce qu’on aime ? D’autres seront gourmands de fraises à la crème, Qui auront un penchant pour le dieu des crémiers. Le monstre boit longtemps, puis ensuite, il délire, Vomissant des fragments de ce qu’il a pu lire ; Il prétend que ce sont les mots du Saint-Esprit. Moi, je ne suis, dit-il, qu’un enfant de chimère, Je ne suis que le fruit d’un amour éphémère ; Je ne sais pas pourquoi sur mon compte on écrit.
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