Poème
L'orbe d'or
par Charles-Marie LECONTE DE LISLE
L'orbe d'or du soleil tombé des cieux sans bornes S'enfonce avec lenteur dans l'immobile mer, Et pour suprême adieu baigne d'un rose éclair Le givre qui pétille à la cime des mornes. En un mélancolique et languissant soupir, Le vent des hauts, le long des ravins emplis d'ombres, Agite doucement les tamariniers sombres Où les oiseaux siffleurs viennent de s'assoupir. Parmi les caféiers et les cannes mûries, Les effluves du sol, comme d'un encensoir, S'exhalent en mêlant dans le souffle du soir A l'arome des bois l'odeur des sucreries. Une étoile jaillit du bleu noir de la nuit, Toute vive, et palpite en sa blancheur de perle ; Puis la mer des soleils et des mondes déferle Et flambe sur les flots que sa gloire éblouit. Et l'âme, qui contemple, et soi-même s'oublie Dans la splendide paix du silence divin, Sans regrets ni désirs, sachant que tout est vain, En un rêve éternel s'abîme ensevelie.
Commentaires (1)
Ambisirène ----------- La sirène navigue en des courants sans bornes, Sans troubler le repos de l'immobile mer, Sans craindre le tonnerre ou les puissants éclairs, Sans regarder de loin l'éclat des villes mornes. Son murmure est si doux qu'il paraît un soupir, Sa forme si ténue qu'elle paraît une ombre, Mais son coeur est vivant, son coeur n'est jamais sombre, Dans la paix de la nuit, je la vois s'assoupir. Plus tard, elle sera, sirène bien mûrie, Sur cette humide roche où elle aime s'asseoir, Et j'entendrai monter, dans le souffle du soir, Son chant, réconfortant comme une sucrerie.
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