Poème
L'étoile au coeur
par René-François SULLY PRUDHOMME
Par les nuits sublimes d'été, Sous leur dôme d'or et d'opale, Je demande à l'immensité Où sourit la forme idéale. Plein d'une angoisse de banni, A travers la flore innombrable Des campagnes de l'infini, Je poursuis ce lis adorable... S'il brille au firmament profond, Ce n'est pas pour moi qu'il y brille : J'ai beau chercher, tout se confond Dans l'océan clair qui fourmille. Ma vue implore de trop bas Sa splendeur en chemin perdue, Et j'abaisse enfin mes yeux las, Découragés par l'étendue. Appauvri de l'espoir ôté, Je m'en reviens plus solitaire, Et cependant cette beauté Que je crois si loin de la terre, Un laboureur insoucieux, Chaque soir à son foyer même, Pour l'admirer, l'a sous les yeux Dans la paysanne qu'il aime. Heureux qui, sans vaine langueur, Voyant les étoiles renaître, Ferme sur elles sa fenêtre : La plus belle luit dans son coeur.
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Vaches du roi -------------- Le roi se délasse en été En quittant son palais d'opale Pour gagner les immensités Des vertes prairies ancestrales. Il trône sur un siège bas, Surveillant à perte de vue Les ruminants au corps bien gras, Les vaches broutant l'étendue. Heureux, ce brave roi pasteur ! Plus que sa reine, à la fenêtre, Dont, mélancolique, le coeur Longuement hésite à renaître.
Le seigneur de Proxima Centauri ----------------------------------- Ce maître sans pouvoir ne gouverne qu’en songe ; Il règne sur un monde où ne vient pas l’humain, Ou s’il le fait un jour, ce n’est pas pour demain. N’ayant pas d’électeurs, il s’abstient du mensonge. Les comètes perdues qui vers l’étoile plongent Ne savent nullement maîtriser leur chemin, Car aucun horloger n’y mit jamais la main, Selon d’aveugles lois l’orbite se prolonge. Rêve donc, bon seigneur, à ton simple horizon, Ta rêverie jamais n’engage ta raison : L’univers reste stable en ton âme placide. Toi, tu n’auras jamais besoin d’un médecin, Tu t’épargnes la crainte et les tourments malsains, Noble patron d’un monde où rien ne se décide.
Le seigneur d’Epsilon Alaudae -------- C’est ici l’univers du délire et du songe, Lequel est au pouvoir d’un seigneur inhumain ; Les messages d’espoir y sont sans lendemain, L’étoile est appelée le Flambeau du Mensonge. Les rares habitants dans leur tourment se plongent, Priant pour rencontrer la Camarde en chemin ; Cent mille faux récits couvrent des parchemins, Qu’un scribe trace à l’heure où les ombres s’allongent. Pourquoi n’allez-vous pas vers d’autres horizons, Ainsi que, d’après moi, le voudrait la raison ? Ils ne répondent rien, ces bipèdes placides. D’atteindre un autre monde ils n’ont pas le dessein, Ni d’avoir le secours de la Vierge ou des Saints, Diluant leur chagrin dans un vin trop acide.
Étoile bipolaire ------- Je n’appartiens pas à ce monde, Je suis un astre ténébreux ; Sur moi les délires abondent, Même parfois un peu scabreux. Ce sont propos que rien ne fonde, Simples racontars nébuleux ; Nourris de sottise profonde, Ils ont un succès fabuleux. Je suis une étoile en détresse, Donc je me barre, je m’enfuis, Car la réalité m’oppresse. J’entends une voix dans la nuit Qui dit mon oraison funèbre Et qui assombrit mes ténèbres.
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