Poème
L'église d'Arona
par Marceline DESBORDES-VALMORE
On est moins seul au fond d'une église déserte : De son père inquiet c'est la porte entr'ouverte ; Lui qui bénit l'enfant, même après son départ, Lui, qui ne dit jamais : "N'entrez plus, c'est trop tard !" Moi, j'ai tardé, seigneur, j'ai fui votre colère, Comme l'enfant qui tremble à la voix de son père, Se dérobe au jardin tout pâle, tout en pleurs, Retient son souffle et met sa tête dans les fleurs ; J'ai tardé ! Retenant le souffle de ma plainte, J'ai levé mes deux mains entre vous et ma crainte ; J'ai fait la morte ; et puis, en fermant bien les yeux, Me croyant invisible aux lumières des cieux, Triste comme à ténèbre au milieu de mon âme, Je fuyais. Mais, Seigneur ! votre incessante flamme, Perçait de mes détours les fragiles remparts, Et dans mon coeur fermé rentrait de toutes parts ! C'est là que j'ai senti, de sa fuite lassée, Se retourner vers vous mon âme délaissée ; Et me voilà pareille à ce volage enfant, Dépouillé par la ville, et qui n'a bien souvent Que ses débiles mais pour voiler son visage, Quand il dit à son père : Oh ! que n'ai-je été sage !
Commentaires (2)
Sanctuaire à l’abandon ------------------------- L’église est peu remplie, elle est déserte, même ; Nous n’y entendons plus les psaumes en latin. À quoi sert au curé de se lever matin, À quoi de réciter la prière qu’il aime ? Ce prêtre ne craint pas la solitude extrême, Ni d’être le servant d’un culte clandestin ; Pas besoin d’être deux pour un petit festin (Ou le maigre repas que l’on prend en carême). Il aime les plaisirs qui sont bien de chez nous ; C’est remplir le calice avec un bon vin doux Et lire les propos des Pères de l’Église. Ce bâtiment lui sert de petite maison : Et son ange gardien dit, en toute saison, D’aimables oraisons dedans cette nef grise.
L'EGLISE D'ARONA
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