Poème
L'alchimiste
Rien encore ! - Et vainement ai-je feuilleté pendant trois jours et trois nuits, aux blafardes lueurs de la lampe, les livres hermétiques de Raymond-Lulle ! Non rien, si ce n'est avec le sifflement de la cornue étincelante, les rires moqueurs d'un salamandre qui se fait un jeu de troubler mes méditations. Tantôt il attache un pétard à un poil de ma barbe, tantôt il me décoche de son arbalète un trait de feu dans mon manteau. Ou bien fourbit-il son armure, c'est alors la cendre du fourneau qu'il soude sur les pages de mon formulaire et sur l'encre de mon écritoire. Et la cornue, toujours plus étincelante, siffle le même air que le diable, quand Saint Eloy lui tenailla le nez dans sa forge. Mais rien encore ! - Et pendant trois autres jours et trois autres nuits, je feuilletterai, aux blafardes lueurs de la lampe, les livres hermétiques de Raymond-Lulle !
Commentaires (2)
trop bien
Voilà des images évocatrices parfois narquoises du Grand oeuvre avec le "sifflement de la cornue étincelante, les "rires moqueurs d'une salamandre" ou "la cendre du fourneau". Dans Arcana arcanissima (1613, p.177) Michael Maier notait : « Qui a déjà vu, autre part que dans les œuvres de l'alchimie, une salamandre, cet animal vivant dans le feu, ou une véritable pyrausta ? [...] Il est difficile que quoi que ce soit de vivant naisse du feu, à part la salamandre philosophique et le phénix qui sort des cendres laissées par le feu ». On comprend que cette belle maîtrise de la prose poétique ait eu influencé Baudelaire et peut être son admirateur Pierre-Jean Jouve. Concernant l'alchimie, il faut savoir qu'il y a une riche production en vers classiques. J'ai jadis tenté d'évoquer avec un sonnet la pratique alchimique de Basile Valentin: Christ au noir de la sémantique minérale Où l'angle d'or du géométrique s'est pris Tu cristallises le souffle blanc de l'Esprit En prismes losangés chus de son idéal etc...
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