Poème
Juin
par René-François SULLY PRUDHOMME
Pendant avril et mai, qui sont les plus doux mois, Les couples, enchantés par l'éther frais et rose, Ont ressenti l'amour comme une apothéose ; Ils cherchent maintenant l'ombre et la paix des bois. Ils rêvent, étendus sans mouvement, sans voix ; Les coeurs désaltérés font ensemble une pause, Se rappelant l'aveu dont un lilas fut cause Et le bonheur tremblant qu'on ne sent pas deux fois. Lors le soleil riait sous une fine écharpe, Et, comme un papillon dans les fils d'une harpe, Dans ses rayons encore un peu de neige errait. Mais aujourd'hui ses feux tombent déjà torrides, Un orageux silence emplit le ciel sans rides, Et l'amour exaucé couve un premier regret.
Commentaires (1)
Fleurs du fond du jardin, reflets impermanents De ce vaste univers sombre et multicolore, Merci de vos clins d'oeil en tous temps insonores, Et d'entendre avec moi les paroles du vent. Un carré de terreau vous est un continent. Le soleil inclément, l'insecte qui dévore, Ce qu'au fil des saisons le jardinier déplore, Vous le laissez venir à vous, tranquillement. Sans doute, elle est ainsi, la condition de fleur, De voir passer le temps, sans joie et sans douleur, Je me tiens près de vous, dans la sérénité. Les fleurs, de Piaf-Tonnerre éloignant leur regard, Ont l'air de l'écouter avec fort peu d'égards : Le mutisme des fleurs vient de leur surdité.
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