Poème
Je vivois mais je meurs, et mon cour gouverneur
par Etienne JODELLE
Je vivois mais je meurs, et mon coeur gouverneur De ces membres, se loge autre part : je te prie Si tu veux que j'acheve en ce monde ma vie, Rend le moy, ou me rens au lieu de luy ton coeur. Ainsi tu me rendras à moy-mesme, et tel heur Te rendra mesme à toy : ainsi l'amour qui lie Le seul amant, liera et l'amant et l'amie : Autrement ta rigueur feroit double malheur. Car tu perdras tous deux, moy premier qui trop t'aime, Et toy qui n'aimant rien voudras haïr toy mesme : Mais, las ! si l'on reproche à l'un et l'autre un jour Et l'une et l'autre faute : à moy qui trop t'estime, A toy qui trop me hais, plus grand sera ton crime, D'autant plus que la haine est pire que l'amour.
Commentaires (1)
Chapelle en un quartier désert ------------ Dans ce sobre édifice, abri pour le flâneur, J’observe que parfois un vieillard vient et prie; Moi, j’aime y contempler l’image de Marie, Ou de saint Isidore, ou d’autres saints, mineurs. Sur une croix se tient le charpentier sauveur Dont la parole fut comme une poésie; Pour les prêtres d’alors, ce fut une hérésie, Mais nous en retenons la subtile saveur. Au temps jadis, David a mis dans un poème L’ardeur d’un noble roi qui sait que Dieu nous aime; Tu t’en es souvenu à la fin de tes jours. Tes mots qui donnent vie aux livres qu’on imprime Nous apaisent le coeur mieux que de vaines rimes, Tu désarmes la haine, il nous reste l’amour.
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