Poème
Je ne sais pas
par Alfred JARRY
Je ne sais pas si mon frère m’oublie Mais je me sens tout seul, immensément, Avec loin la chère tête apalie Dans les essais d’un souvenir qui ment. J’ai son portrait devant moi sur la table, Je ne sais pas s’il était laid ou beau. Le Double est vide et vain comme un tombeau. J’ai perdu sa voix, sa voix adorable, Juste et qui semble faite fausse exprès. Peut-être il l’ignore, trésor posthume. Hors de la lettre elle s’évoque, très Soudain cassée et caressante plume.
Commentaires (3)
Quand ce que nous avions de précieux est perdu pour toujours, il nous reste la poésie.
Ambiphants cosmopolites ----------------------------- Grands migrateurs, sur leur route, ils oublient Ce que prisa leur coeur, immensément, Soit leur mémoire est, hélas, affaiblie, Soit c'est l'effet d'un souvenir qui ment. Ils ont du vin devant eux sur la table Qui au jardin les accueille, il fait beau ; Au fond du parc se dressent des tombeaux Couverts de lierre, et de fleurs adorables. De tout quitter, le faites-vous exprès ? Laissant vos morts privés d'honneurs posthumes, Vous poursuivez votre long chemin, très Soumis au vent, comme l'est une plume.
Voir aussi https://paysdepoesie.wordpress.com/2016/08/05/ambiphants-cosmopolites/
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