Poème
Je m'étoy retiré du peuple, et solitaire
par Etienne JODELLE
Je m'étoy retiré du peuple, et solitaire Je tachoy tous les jours de jouir sainctement Des celestes vertus, que jadis justement Jupiter retira des yeux du populaire. Ja les unes venoyent devers moy se retraire, Les autres j'appelloy de moment en moment Quand l'amour traistre helas! (las trop fatalement) Ce fut, ô ma Pandore, en mall'heure me plaire : Je vy, je vins, je prins, mais m'assurant ton vaisseau, Tu vins lacher sur moy un esquadron nouveau De vices monstrueux, qui mes vertus m'emblerent. Ha ! si les Dieux ont fait pour mesme cruauté Deux Pandores, au moins que n'as-tu la beauté, Puis que de tout leur beau la premiere ils comblerent !
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Mouche ermite ------------------ Que de sagesse elle eut, la mouche solitaire ! Je la vois immobile et priant saintement Par céleste vertu, car le Ciel justement En a, dit-on, pourvu cette âme débonnaire. Nul arôme gourmand ne la viendra distraire, Sa timide oraison lui prend un long moment ; Je ne vais pourtant pas vous en faire un roman, Je sais d’autres sujets qui pourraient mieux vous plaire. Je sais aussi parler de châteaux, de vaisseaux, Du zèbre galopant, des poissons du ruisseau, De Roncevaux où tant de preux se rassemblèrent... Mais je veux te chanter, mouche sans cruauté Qui du vaste Univers exaltes la beauté, Et le pouvoir des dieux qui tes désirs comblèrent.
Bélier du Seigneur Azazel ---------- Les prêtres m’ont offert au démon solitaire, Ils disent qu’ils l’ont fait pour agir saintement ; Je risque de subir de mauvais traitements, Lesquels, précisément ? cela reste un mystère. Ils n’osent affronter ce cruel adversaire, N’ayant aucune armée, ni même un régiment ; Ils suivent donc leur Loi, l’étrange document Qu’en cadeau de départ ils me dédicacèrent. Oh ! J’aimerais m’enfuir à bord d’un grand vaisseau, Et peu m’importeraient des vagues les assauts ; Je voudrais m’éloigner du diable sanguinaire. Victime de sa rage et de sa cruauté, Des chevrettes je vais regretter la beauté, Elles par qui mes jours parfois s’illuminèrent...
Diable qui vit en ermite ----------------- Un démon solitaire Veut agir saintement ; Dois-je penser qu’il ment, Ou qu’il dit vrai ? Mystère. Il dit qu’il est sincère, Il en est désarmant ; Oui, mais, pour le moment, Ça reste un adversaire. Il adopte un pourceau Qu’il prénomme Marceau ; Un cochon bien vulgaire. Quand j’entends discuter Ces deux petits futés, Je ne les comprends guère.
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