Poème
J'arrive où je suis étranger
par Louis ARAGON
Le Voyage de Hollande et autres poèmes
Rien n'est précaire comme vivre Rien comme être n'est passager C'est un peu fondre pour le givre Et pour le vent être léger J'arrive où je suis étranger Un jour tu passes la frontière D'où viens-tu mais où vas-tu donc Demain qu'importe et qu'importe hier Le coeur change avec le chardon Tout est sans rime ni pardon Passe ton doigt là sur ta tempe Touche l'enfance de tes yeux Mieux vaut laisser basses les lampes La nuit plus longtemps nous va mieux C'est le grand jour qui se fait vieux Les arbres sont beaux en automne Mais l'enfant qu'est-il devenu Je me regarde et je m'étonne De ce voyageur inconnu De son visage et ses pieds nus Peu a peu tu te fais silence Mais pas assez vite pourtant Pour ne sentir ta dissemblance Et sur le toi-même d'antan Tomber la poussière du temps C'est long vieillir au bout du compte Le sable en fuit entre nos doigts C'est comme une eau froide qui monte C'est comme une honte qui croît Un cuir à crier qu'on corroie C'est long d'être un homme une chose C'est long de renoncer à tout Et sens-tu les métamorphoses Qui se font au-dedans de nous Lentement plier nos genoux Ô mer amère ô mer profonde Quelle est l'heure de tes marées Combien faut-il d'années-secondes À l'homme pour l'homme abjurer Pourquoi pourquoi ces simagrées Rien n'est précaire comme vivre Rien comme être n'est passager C'est un peu fondre pour le givre Et pour le vent être léger J'arrive où je suis étranger.
Commentaires (10)
Aujourd'hui Loulou a écrit un poême : Rien comme fondre n'est léger Un jour tu passes la frontière Un monde se clôt Qu’importe hier Le coeur change après le pardon Pose-le ton doigt sur la rampe C’est un grand jour quand tu vas mieux Les nuits trop longues nous font cieux C’est un grand jour quand on fait vieux Les beaux arbres sont en automne Mais l’enfant et tu t’en étonnes De ce voyageur inconnu Mais son visage ses pieds nus Peu à peu tu t'y fais pourtant Mais pas assez vite Silence Pour ressentir ta ressemblance Avec ton moi-même d’antan Tombe la poussière du temps C’est long vieillir entre deux tempes Le sable en fuit au long des doigts C’est comme qui monte une eau froide C’est comme qui croît cette honte Du cuir quand s'écrit la courroie C’est long d’être un homme qui compte C’est long d’être un drame une chose Qui renonce aux métamorphoses Qui se font au-dessous de soi Laissons se plier nos genoux Ô mère ou maire ou mer profonde C'est à quelle heure ta marée Combien encor d'années-pénombre Au singe pour l’homme accepter Et puis pourquoi ces simagrées Rien n’est précaire comme un givre Rien comme un vent n'est si léger J’arrive où je suis étrange.
Excellent !
Bonjour Très beau poème sur la vieillesse. Je note une petite erreur au troisième vers : c'est "Pourle givre" et non "Comme le givre", sinon il y aurait une syllabe de plus et le vers passerait à neuf pieds au lieu de huit. Et puis quoi de plus beau Que ce chiasme "Fondre pour le givre et le pour le vent, être..." Pouvez-vous corriger ? Merci JLB
Il me semble qu'il y a une autre erreur : 'Le sable enfui entre nos doigts' et non ''Le sable en fuit entre nos doigts', qui est grammaticalement très douteux et ne fait guère sens avec les vers qui suivent.
ce poème n'est pas extrait du "Voyage en Hollande" mais de "La Diane Françise"
ok dud
À Jean Sireuil Ce poème est bien extrait du "Voyage en Hollande". C'est le cinquième poème du chapitre "D'un enfer" qui en comporte onze, aux Édition Seghers, Poésie d'abord, octobre 2005, page 93. J’ai par ailleurs " La Diane française" également aux Éditions Seghers, Poésie d’abord, juillet 2012 ; ce poème n’y figure pas.
Abondance précaire -------- Sortilège déficitaire, Corne aux pouvoirs très imprécis ; C’est vraiment le désordre ici, La magie ne fonctionne guère. Je n’entends rien à ces mystères, Farces d’un démon sans merci ; Je crois qu’il rit de mon souci, De façon quelque peu vulgaire. Précarité n’est point malheur, Du moins pour les gens de valeur ; D’être sobres, ça nous rassemble. Ce démon s’amuse de moi Mais il mourra dans quelques mois ; Chien maudit, je vois que tu trembles.
Aragon! Ah Rat con!
Et toi poète pense à L'Autre et à mon Labeur Pour du beurre Pour Lui Et partons dans les prés verts Du Prévert Sous le bras La la la la la la