Poème
Invocation
par Renée VIVIEN
Les yeux tournés sans fin vers les splendeurs éteintes, Nous évoquons l’effroi, l’angoisse et le tourment De te baisers, plus doux que le miel d’hyacinthes, Amante qui versas impérieusement, Comme on verse le nard et le baume et la myrrhe, Devant l’Aphrodita, Maîtresse de l’Erôs, L’orage et l’éclair de ta lyre, O Psappha de Lesbôs ! Les siècles attentifs se penchent pour entendre Les lambeaux de tes chants. Ton visage est pareil A des roses d’hiver recouvertes de cendre, Et ton lit nuptial ignore le soleil. Ta chevelure ondoie au reflux des marées Comme l’algue marine et les sombres coraux, Et tes lèvres désespérées Boivent la paix des eaux. Que t’importe l’éloge éloquent des Poètes, A Toi dont le front large est las d’éternités ? Que t’importent l’écho des strophes inquiètes, Les éblouissements et les sonorités ? La musique des flots a rempli ton oreille, Ce remous de la mer qui murmure à ses morts Des mots dont le rythme ensommeille Tels de graves accords. O parfum de Paphôs ! ô Poète ! ô Prêtresse ! Apprends-nous le secret des divines douleurs, Apprends-nous les soupirs, l’implacable caresse Où pleure le plaisir, flétri parmi les fleurs ! O langueurs de Lesbôs ! Charme de Mytilène ! Apprends-nous le vers d’or que ton râle étouffa, De ton harmonieuse haleine Inspires-nous, Psappha !
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