Poème
Intérieur
par Louisa SIEFERT
La voix haute et profonde Qu'au loin jette le monde Ne parvient pas ici. Théophile Gautier. La maison est petite & de peu d'apparence, Le soleil en hiver ne la visite pas Et du nord ou du sud ne fait point différence. Le toit d'en face est haut & celui-ci très bas. Le bonheur seul y brille & réchauffe les âmes. Il semble, en entrant là, que l'air soit plus léger, Que les feux au foyer aient de plus claires flammes, Que le temps ait promis de n'y rien déranger. L'ordre, la propreté, la candeur, l'harmonie, Des livres & des fleurs, un goût sûr & charmant, Mais surtout une paix, une paix infinie Comme dans un tableau hollandais ou flamand. Du seuil jusqu'au salon & jusqu'à la cuisine, Tout rassérène & plaît. Même on dirait qu'ici Plats creux & pots ventrus ont plus hautaine mine, Tant ils sont reluisants contre le mur noirci. Soulevant les rideaux du doigt, elle se penche Et regarde, malgré qu'on n'y puisse plus voir ; Dans la pièce voisine elle a, de sa main blanche, Tout préparé déjà pour le repas du soir. Elle revient souffler les bûches dans les cendres, Car le vent froid du nord redouble avec la nuit, Et, sans cesse inventant de petits soins plus tendres, Retourne sur la rue épier chaque bruit. A la porte soudain elle court & s'empresse D'aller ouvrir : « — Enfin, ce sont ses pas, c'est lui ! » Il entre & c'est alors maint propos de tendresse : « — Oh ! viens vite, mon Dieu ! qu'il est tard aujourd'hui ! » Puis on se met à table & l'on rit & l'on cause De tout ce qu'on a fait chacun de son côté, On se répète encore, on redit même chose Et l'on conte toujours quand on a tout conté. Alors vient la veillée & le couple travaille, L'un près de l'autre assis ; il écrit, elle coud. Ils se taisent, à moins qu'en rêvant elle n'aille A l'oreille, tout bas, lui dire tout à coup : « — Écoute, j'ai pour toi dans l'âme une me une élégie : « Tiens, prends-la, je l'ai faite à la chute du jour. « Toi loin, quoi faire, moi ? je n'ai plus d'énergie « Si ce n'est pour t'aimer & chanter mon amour ! » Dans le cabinet sombre aux brunes boiseries, Où la science est jointe à l'art pur, on n'entend Que le doux bruit de voix des longues causeries, De celles où le cœur se livre & se détend. Et l'on voit maintenant en lumineuses trames Les fils des rêves d'or se croiser autour d'eux, Jusqu'à ce qu'unissant leurs lèvres & leurs âmes, Vers Dieu le même élan les emporte tous deux !
Commentaires (2)
Planète « Sac de Noeuds » ---------------------------------- Planète à subtile apparence Et qui ne se visite pas, Où vivent dans l'indifférence Des créatures au front bas. Le bonheur réchauffe leurs âmes, Leur corps est soyeux et léger, Dans leur regard est une flamme, On n'ose pas les déranger. Leurs orateurs, en harmonie Avec cet univers charmant, Disent une suite infinie De blagues qui sont en flamand.
Voir https://paysdepoesie.wordpress.com/2016/10/15/planete-sac-de-noeuds/
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