Poème
Histoire d'une ourse
par Robert DESNOS
Une ourse fit son entrée dans la ville. Elle marchait pesamment Et des gouttes d’eau brillaient dans son pelage Comme des diamants. Elle marcha méconnue, Elle marcha par les rues Dans son manteau poilu. La foule passait, Nul ne la regardait Et même on la bousculait. Enfin la nuit tomba à genoux Laissant ruisseler ses cheveux roux Dans les ruisseaux pleins de boue, Dans la mer en mal de marée, Sur les prairies, sur les forêts Et sur les villes illuminées. L’ourse disparut aspirée par les nombres Avec la foule, avec les ombres Confondues dans les décombres. Seuls quelques astronomes, Embusqués sous des dômes, Virent passer son fantôme. Qu’on te nomme Grande Ourse Tandis que tu poursuis ta course Vers la lumière et vers ses sources, Que l’on te pare d’étoiles Et que du fond de leur geôle Les prisonniers te voient passer devant le soupirail, Ourse qu’importe, ourse de plume, Ourse rugissante et bavant l’écume, Plus étincelante qu’un marteau frappant l’enclume. Ourse qu’importe la fable Et ta piste sur le sable S’effilochant comme un vieux câble. J’entends des pas lourds dans la nuit, J’entends des chants, j’entends des cris, Les cris, les chants de mes amis. Leurs pas sont lourds Mais quand naîtra le jour Naîtra la liberté et l’amour. Qu’il naisse demain ou dans cent ans Il sera fait de lumière et de sang Et renouvellera les quatre éléments. Plus lourdes que l’ourse dans la cité Par le monde je sens monter La grande invasion, la grande marée. Grande Ourse au ciel tu resplendis Tandis que j’écoute dans la nuit Les cris, les chants de mes amis.
Commentaires (3)
Six fois neuf facettes ---------------------- Un ours qui manipule un cube diabolique Trouve que cet engin n'est pas très catholique ; Il poursuit néanmoins son effort symbolique. L'ours, faisant pivoter les petits éléments, Ne trouvant pas le truc, s'énerve sacrément ; Il se croit prisonnier d'une histoire qui ment. Le cube lui répond qu'il est un jeu de nombres, Non pas un petit jeu trouvé dans les décombres, Mais le joli produit d'une logique sombre. Bon, dit le plantigrade, on baisse pas les bras ! On ne cherchera point à trier ce fatras, On prendra six couleurs, et l'on te repeindra.
Ours dignitaire -------------- Ce grand ours est connétable Et duc des Marais du Nord ; Le roi l’invite à sa table Pour manger du foie de porc. Il surveille les érables Dont la sève est un trésor ; Même par les nuits de sable Il est toujours le plus fort. Il voudrait offrir la lune À la reine aux grands yeux noirs Que jamais il n’importune ; Car il frémit à la voir, Il en perd tous ses pouvoirs, Nous plaignons son infortune.
Ambiduc plantigrade ---------- Cet ambiduc respectable Est un ours vaillant et fort ; Il fait partie des notables, Comme son cousin le porc. Il garde dans son étable Une vache aux cornes d’or ; Ainsi qu’un marchand de sable, Elle le berce, et l’endort. En rêve il va sur la lune, Chevauchant un tamanoir, Mais il y va pour des prunes. Il a fort peu de savoir Et n’exerce aucun pouvoir, Cet ambiduc sans fortune.
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