Poème
Histoire du petit bossu
par Robert DESNOS
Le petit bossu me disait ma chère Viens au bal ou viens dans les bois Ne crois pas qu’on t’aime ma chère De moi seul tu as la foi Viens je te donnerai la moitié de ma bosse Et quand nous serons en tout pareils Nous célèbrerons nos étranges noces Loin de la lune et du soleil Le petit bossu me croyait bien bête Le petit bossu n’a rien gagné d’aller ainsi en tête à tête avec moi qui suis tant aimée Le petit bossu n’a rien perdu Car sa bosse est toujours aussi grosse Mais il a gagné sur son front nu Une paire de cornes en cadeau de noces Moi seule ai gagné dans l’histoire Car je doutais de mon amant Mais il a tant souffert que je dois croire Ô joie ! qu’il m’aime éperdument Il m’a retrouvée tout tremblant M’a prise en ses bras osant à peine Mettre sa bouche sur mon cou blanc Et j’entendais son cœur crever de peine Je crois que maintenant Je vais l’aimer comme il m’aime en sa détresse Et qu’étant toujours mon amant Je serai enfin sa maîtresse Amour toi qui conduis nos gestes Je crois que tu m’inspiras bien Puisque défiant guerre feu et pestes Notre amour surgit hors de ses liens Quand au bossu instrument de notre destin Je lui pardonne et qu’il m’oublie et nous oublie Je l’oublierai avant demain matin Car jamais mon amant n’occupa mieux mes nuits.
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