Poème
Flux et reflux
par François COPPÉE
I La nuit tombe et la mer descend. Ma chère âme, allons sur la grève, Auprès du flot retentissant ! Le doute m’assaille sans trêve. M’aimes-tu vraiment ? J’ai rêvé Que ta tendresse serait brève. Écoute le râle étouffé Du flot lointain ! L’Angelus tinte Tristement son dernier Ave. Mon âme est par l’angoisse atteinte ; Je tiens, comme pour un départ, Ta main, froide malgré l’étreinte. La falaise est dans le brouillard ; Le vent humide nous pénètre. Entends ce goëland criard ! Pour bien d’autres ton cœur fut traître ; Ton passé n’est point innocent. Tu vas m’abandonner peut-être ! La nuit tombe et la mer descend. II Le jour grandit et la mer monte, Allons courir sur les galets ! Comme le ciel est pur ! Sois prompte. Plus d’un bateau plein de filets S’en va, le long du quai qu’il frôle, Vers les horizons violets. Serre-toi contre mon épaule, Et, le cœur joyeux, allons voir La vague écumer sur le môle ! Que j’étais injuste, hier soir ! Je doutais de toi, ma chère âme ! Ce bleu matin me rend l’espoir. Ton passé cruel, pauvre femme, Nos larmes d’amour l’ont lavé, Comme est ce rocher par la lame. Vois ! le bon soleil est levé. Aimons-nous sans crainte et sans honte. Notre bonheur est retrouvé ! Le jour grandit et la mer monte.
Connecte-toi pour laisser un commentaire.