Poème
Fleur d'Art
par Tristan CORBIERE
Oui – Quel art jaloux dans Ta fine histoire ! Quels bibelots chers ! – Un bout de sonnet, Un coeur gravé dans ta manière noire, Des traits de canif à coups de stylet. – Tout fier mon coeur porte à la boutonnière Que tu lui taillas, un petit bouquet D’immortelle rouge – Encor ta manière – C’est du sang en fleur. Souvenir coquet. Allons, pas de pleurs à notre mémoire ! – C’est la mâle-mort de l’amour ici – Foin du myosotis, vieux sachet d’armoire ! Double femme, va !... Qu’un âne te braie ! Si tu n’étais fausse, eh serais-tu vraie ?... L’amour est un duel : – Bien touché ! Merci.
Commentaires (5)
Repreneurs de poèmes ------------------------------ Quelques vers pour dire une belle histoire, Et le plus souvent, ça forme un sonnet. Une idée limpide, un peu d’encre noire, Deux ou trois oiseaux dansant un ballet ; Un trait d’espérance, un jeu de mémoire, Quelques fleurs formant un joli bouquet ; Ni d’argent, ni d’or (on n’est pas coquet), De vieux ornements trouvés dans l’armoire. L’étoile en papier à la boutonnière, Papier recyclé, on est vert, ici ; Un gentil poème à notre manière, Sur le tableau noir, une oeuvre à la craie, Bien imaginaire, et ça la rend vraie : Aux inspirateurs, nous disons merci.
Fleur des loups d’azur ------------------------- Fleur de gueules, par ta présence, Tu rassures ces deux loups bleus : Car ils furent tes amoureux, De Mai cet amour prit naissance. Comment vivront-ils ton absence, Et qui donc fleurira pour eux ? Ils resteront seuls, tous les deux, Ayant de toi la souvenance. Ni la pensée, ni le souci Ne viendront consoler ici Ces pauvres âmes oppressées ; Des loups, cet amoureux savoir N’a pas fait que les décevoir : Jamais ils ne t’ont délaissée.
Canard poétique ---------- J’aime ce canard, il sait des histoires, Parfois gratinées, je le reconnais ; Je m’en suis servi pour quelques sonnets, Ou pour d’autres vers, la chose est notoire. Ayant pauvre sens et pauvre mémoire, Mon art poétique est fort imparfait ; Les mots du canard me sont un bienfait, Et ses manuscrits dans ma grande armoire. Nous buvons ensemble en notre tanière, Ma muse s’amuse et la sienne aussi ; Nous les entraînons sous notre bannière. Des livres anciens posés sur la table, Les auteurs nous sont amis véritables ; Il serait trop long d’en parler ici.
Bannière familière ----------------- Voici notre emblème imprégné de gloire, Dans cette contrée, chacun le connaît ; Au temps où Roland de son cor sonnait, Nous portions déjà ce pennon notoire. Or, le voici donc objet de mémoire, Quand nous en parlons, c’est à l’imparfait ; La Grande Paix règne, et c’est un bienfait, Mais n’oublions pas nos leçons d’Histoire. Faisons-en des vers à notre manière, Les jongleurs d’antan chantèrent ainsi ; Dédicaçons-les à nos tavernières. Dans l’âtre, du feu ; du vin sur la table, Dans notre avenir, rien de redoutable ; Muse du foyer, viens t’asseoir ici...
Fleur blanche -------- Je ne suis qu’une fleur sans gloire, Personne ici ne me connaît ; Rien sur moi, pas même un sonnet, Mon inexistence est notoire. De moi, ne garde pas mémoire, Car je suis un être imparfait ; Je ne sais rien faire, en effet, Je suis une fleur sans histoires. Je meurs sans faire de manières, Chacun devrait mourir ainsi ; Sereine soit l’heure dernière. Tu as ton verre sur la table, Ton domicile est confortable ; On meurt tranquille, par ici.