Poème
Enfin mon amitié se lasse...
Œuvres poétiques - Première partie
Enfin mon amitié se lasse, Je suis forcé de me guérir, L'amour qui me faisait périr, Tous les jours peu à peu se passe. J'ai rappelé mon jugement, J'ai fait vœu d'aimer sagement, Je rougis de ma servitude, Et proteste devant les dieux Que je hais ton ingratitude Plus que je n'ai chéri tes yeux. Je n'ai plus le soin de te plaire, Mes charmes sont évanouis, Désormais je me réjouis De ta haine et de ta colère. Cette lâcheté d'endurer Ne me saurait durer: Je veux être exempt de souffrance Aussi bien que toi de pitié, Et vivre avec l'indifférence Dont tu traites mon amitié. Jamais douleur insupportable Jusques à mon mal n'empira; Jamais esprit ne soupira D'un travail si peu profitable: Je vis trop amoureusement, Je sers trop malheureusement, Ma belle ne veut point entendre Le mal qu'elle me fait sentir, Et me défend de rien prétendre Que la honte et le repentir. O mes dieux! ô mon influence! Regardez la peine où je suis; Sans faire un crime je ne puis Espérer une récompense. O dieux qui gouvernez nos cœurs, Si vous n'êtes des dieux moqueurs, Ou des dieux sans miséricorde, Remettez-moi dans ma maison; Ou faites enfin qu'on m'accorde Ou la mort ou la guérison.
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