Poème
En cour d'assises
par Charles CROS
(A Édouard Dubus) Je suis l'expulsé des vieilles pagodes Ayant un peu ri pendant le Mystère ; Les anciens ont dit : Il fallait se taire Quand nous récitions, solennels, nos odes. Assis sur mon banc, j'écoute les codes Et ce magistrat, sous sa toge, austère, Qui guigne la dame aux yeux de panthère, Au corsage orné comme les géodes. Il y a du monde en cette audience, Il y a des gens remplis de science, Ça ne manque pas de l'élément femme. Flétri, condamné, traité de poète, Sous le couperet je mettrai ma tête Que l'opinion publique réclame !
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Dame des tavernes ------------------- Celle-ci n’est point Dame des pagodes, Car ce ne sont pas des lieux où l’on rit ; Elle a son comptoir au coeur de Paris, Un barde souvent lui consacre une ode. Le bar est un monde, il y règne un code, Et de gai folklore on y est nourri ; Quand de la patronne on est le chéri, Le sombre chagrin part aux antipodes. Les autres clients sont mes auditeurs, Des gens fraternels, pas des profiteurs, Même, quelques-uns sont de jolies femmes. On y peut parfois réciter des vers, Car très indulgent est cet univers ; Aussi le rhapsode y fait-il ses gammes.
Tortue d’inframonde -------- Maudite je fus par Saint Hexapode, J’avais dit du mal de ses manuscrits ; C’était pour blaguer, mais il n’a pas ri, J’ai donc découvert ces lieux malcommodes. Dans cet inframonde, il y règne un code Pas vraiment plaisant, même un peu pourri ; On y mange à peine, on y dépérit, Comment finira ce triste épisode ? J’ai beaucoup marché, malgré ma lenteur Et sans rencontrer trop de tourmenteurs ; Je supporte bien la chaleur des flammes. Puis, je m’accoutume aux démons pervers, Je me fais ma place en cet univers ; Car il est obscur, mais n’est pas sans âme.
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