Poème
Éclairage à Perte de Vue
par Louis ARAGON
Je tiens ce nuage or et mauve au bout d’un jonc l’ombrelle ou l’oiseau ou la fleur La chevelure descend des cendres du soleil se décolore entre mes doigts Le jour est gorge-de-pigeon Vite un miroir Participé-je à ce mirage Si le parasol change en paradis le sol jouons à l’ange à la mésange au passereau Mais elles qui vaincraient les grêles et l’orage mes ailes oublieront les bras et les travaux Plus léger que l’argent de l’air où je me love je file au ras des rêts et m’évade du rêve La Nature se plie et sait ce que je vaux
Commentaires (1)
Le seigneur Passereau -------------------- Il n’a pas de trône et pas de cortège ; Et d’aucune cause il n’est l’avocat. Lui qui ne réclame aucun privilège, C’est le passereau, lui, si délicat. Il peut sautiller dans la froide neige, Toujours son plumage est en bon état. Il a de la voix, il sait le solfège, La muse pour lui bien souvent chanta. Il craint le rapace, il aime ses proches, Ne possède rien, n’ayant pas de poches ; Il cherche un perchoir quand il a sommeil. Gentil passereau, tu n’as rien à craindre, Toujours tu auras ta place au soleil Que tes yeux jamais ne verront s’éteindre.
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