Poème
Double rêve
par Louis MÉNARD
J'ai cru qu'on m'enfermait au couvent : c'est un rêve ! Je suis morte, il est mort aussi : je bénis Dieu ! Là-bas, sur sa tombe une ombre se lève : Viens, mon bien-aimé, viens me dire adieu. — J'ai cru qu'on m'enchaînait dans la tour, sur la pierre, Seul, loin d'elle et du jour ; mais non, ce cachot noir, C'était mon tombeau dans le cimetière. Que Dieu soit béni, je vais la revoir ! — C'est toi ! Je savais bien qe tu m'aurais suivie, Tu me l'avais promis. Cette félicité Q'on nous refusait pendant notre vie, La mort nous la rend pour l'éternité. — Je rêvais de prison, et toi de monastère : Un baiser ! oublions et mon rêve et le tien. Dieu, qui sépara nos cœurs sur la terre, Les unit au ciel : je le savais bien ! — Ecoute ! un son de cloche a retenti : c'est l'heure Du dernier jugement pour tous les trépassés ; Faut-il nous quitter si tôt ? — Non, demeure : Qu'importe le ciel ? restons embrassés ! — La cloche du matin sonne pour la prière ; A travers les barreaux glisse un rayon du jour, Tous deux à lajois ouvrent leur paupière, Elle en sa cellule, et lui dans la tour.
Commentaires (1)
Un lit ou deux lits --------- Deux sont dans un lit Mais ils font chacun son rêve ; D'autres dans deux lits, Dans deux lieux que tout sépare, Ont le même songe.
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