Poème
Dis-moi, Tircis, sans vanité...
Œuvres poétiques - Première partie
Dis-moi, Tircis, sans vanité, Remarques-tu que la beauté, Qui tient ton esprit et ta vie, Ait pour toi quelque peu d'amour? Connais-tu bien qu'elle ait envie De te le témoigner un jour? Elle est si parfaite et si belle Que sans blâme d'être cruelle Elle peut détourner ses yeux Des mortels et de leurs offrandes, Et même refuser aux dieux L'amitié que tu lui demandes. Mais faut-il aussi avouer Que tout ce qu'on saurait louer, En tes perfections abonde, Et qu'elle se doit estimer La première beauté du monde Parce que tu la veux aimer? S'il est vrai qu'une même flamme Vous ait mis des désirs dans l'âme, Je te loue d'être amoureux, Tu fais bien d'essuyer tes larmes, Et de te croire bien heureux Depuis qu'on a quitté les armes. Que ton amour eut de profit Du monstre que le Roi défit! Tout le monde allait à la guerre, Et chacun s'étonnait de voir Le plus brave homme de la terre Si paresseux à ce devoir. Je disais, pâlissant de honte: Il n'a qu'une valeur trop prompte, Mais ce courage est endormi, C'est en vain que l'honneur le presse, Il hait trop peu cet ennemi, Et chérit trop cette maîtresse.
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