Poème
Destinée arbitraire
par Robert DESNOS
C'est les bottes de 7 lieues cette phrase « Je me vois »
À Georges Malkine Voici venir le temps des croisades. Par la fenêtre fermée les oiseaux s’obstinent à parler comme les poissons d’aquarium. À la devanture boutique une jolie femme sourit. Bonheur tu n’es que cire à cacheter et je passe tel un feu follet. Un grand nombre de gardiens poursuivent un inoffensif papillon échappé de l’asile Il devient sous mes mains pantalon de dentelle et ta chair d’aigle ô mon rêve quand je vous caresse ! Demain on enterrera gratuitement on ne s’enrhumera plus on parlera le langage des fleurs on s’éclairera de lumières inconnues à ce jour. Mais aujourd’hui c’est aujourd’hui Je sens que mon commencement est proche pareil aux blés de juin. Gendarmes passez-moi les menottes. Les statues se détournent sans obéir. Sous leur socle j’inscrirai des injures et le nom de mon pire ennemi. Là-bas dans l'océan Entre deux eaux Un beau corps de femme Fait reculer les requins Ils montent à la surface se mirer dans l’air et n’osent pas mordre aux seins aux seins délicieux.
Commentaires (4)
Voici venir le temps des légendes sacrées Par les feuillets froissés les héros d'autrefois s'obstinent à exister comme les personnages de bande dessinée Sur la couverture cartonnée la jolie femme du charpentier sourit. Bonheur tu n’es que de l'eau transformée en pinard et je passe tel un illusionniste Un grand nombre de cloportes poursuivent un inoffensif rhinocéros traversant la savane Il devient sous mes mains couronne de César au vrai goût de fenouil ô mon rêve quand trace ces lignes ! Demain on triplera les pensions de retraite on n'aura plus peur de recevoir le ciel sur la tête on parlera le langage des feuilles de saule on s’éclairera de lucioles qui diront ce poème Mais ce jour d'octobre est ce jour d'octobre Je sens que néanmoins cela touche au sublime pareil aux statues martiennes Cloportes passez-moi les cartes à jouer Les étoiles à neutrons se contractent sans obéir Sur un menhir maudit le sphinx trace le nom du cruel roi Hérode Là-bas dans une étable Entre le boeuf et l'âne gris Le sourire de la femme du charpentier Fait reculer les trois rois mages Ils vont à la cuisine où l'on a ouvert du vin blanc et n’osent pas vider ces trois bouteilles Dont il respirent le doux parfum
(erratum au vers douze : "quand *je* trace ces lignes").
(erratum au dernier vers : "dont *ils* respirent").
Voici venu le temps des récits légendaires ; Par les feuillets froissés continuent d'exister Les héros dont jadis mon coeur fut enchanté, Ceux dont la destinée sortait de l'ordinaire. Sur un menhir maudit, le nom du sanguinaire Hérode fut inscrit par un druide exalté ; Cela survint aux jours de la Nativité Qui virent voyager trois grands rois de la Terre. Les rois ont rencontré, caché dans une étable, Un enfant nouveau-né, leur Seigneur véritable, Auquel ils ont rendu un hommage tremblant. Le charpentier, pour eux, a sorti trois calices ; Et, pour les trois vieillards, déjà, c'est un délice De respirer l'odeur de ce petit vin blanc.
Connecte-toi pour laisser un commentaire.