Poème
Destinée
Comme la vie est faite ! et que le train du monde Nous pousse aveuglément en des chemins divers ! Pareil au Juif maudit, l’un, par tout l’univers, Promène sans repos sa course vagabonde ; L’autre, vrai docteur Faust, baigné d’ombre profonde, Auprès de sa croisée étroite, à carreaux verts, Poursuit de son fauteuil quelques rêves amers, Et dans l’âme sans fond laisse filer la sonde. Eh bien ! celui qui court sur la terre était né Pour vivre au coin du feu ; le foyer, la famille, C’était son vœu ; mais Dieu ne l’a pas couronné. Et l’autre, qui n’a vu du ciel que ce qui brille Par le trou du volet, était le voyageur. Ils ont passé tous deux à côté du bonheur.
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Cosinus et Fenouillard ---------------------------- Agénor Fenouillard a traversé le monde Dans des bateaux, des trains et des vaisseaux divers ; Lui, ses filles, sa femme, en ce vaste univers, Les voilà parcourant une voie vagabonde. Cosinus, vrai matheux aux intuitions profondes, Pour sortir de Paris n'a point eu le feu vert ; Il n'a gravi nul mont, exploré nulle mer Et ne connaîtra point les Îles de la Sonde. Fenouillard, mon ami, tu étais pourtant né Pour demeurer, paisible, au sein de ta famille, Non pour excursionner ainsi qu'un forcené ; Cosinus, mon héros, comme inventeur tu brilles ; Mais ta vie ne fut point celle d'un voyageur. L'auteur de vos destins est un sacré farceur !
Oiseau-Ferrant ------------------ Le maréchal-ferrant le plus habile au monde Est ce petit oiseau que des auteurs divers Nous ont jadis décrit, qui parcourt l’univers Pour parer les sabots des juments vagabondes. Traversant le village et la forêt profonde, N’interrompant ses pas que pour battre le fer, Il ne craignit jamais de traverser la mer Pour gagner les terroirs où les chevaux abondent. Or, c’est d’oiseaux normaux, cependant, qu’il est né ; Jamais de forgeron dans sa vaste famille Dont il fut le premier artisan forcené. La pie est attirée par le métal qui brille Et d’autres emplumés sont de grands voyageurs ; Il fut seul à choisir cet étrange labeur.
Oiseau fataliste ________ Je ne sais comment va le monde, Trop de phénomènes divers ; Je laisse aller cet univers Selon ses humeurs vagabondes. Dans ma perplexité profonde Je dis des paroles en l’air ; Je raisonne, mais je m’y perds, Mes recherches sont infécondes. Et d’abord, pourquoi suis-je né ? De ces histoires de famille Je n’ai rien su, ni deviné. Qu’il pleuve, ou que le soleil brille, Indifférente est mon humeur ; Autour de moi, ça vit, ça meurt.
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