Poème
Conduire
par Paul ÉLUARD
Les Animaux et leurs hommes, les hommes et leurs animaux
Les Hommes et leurs animaux La rue est bientôt là, À la rue le cheval. Plus beau que le corbeau Il lui faut un chemin. Fine jambe, léger héros Qui suit son maître vers le repos. La rue est bientôt là : On y court, on y marche, on y trotte, On s’y arrête.
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Héros confus ------------- Je suis sans terre et sans avoir, Ma vie n’est pas bien agencée ; Ténébreuses sont mes pensées, Grises mes heures, froids mes soirs. Je m’habitue au désespoir Dans cette existence effacée ; Je remue des choses glacées Au fond d’un sinistre couloir. Je compose ce sonnet morne ; Dans cette déprime sans bornes, La frayeur s’empare de moi. Monde de tristesse éternelle, La mort s’y tient en sentinelle ; Pas de quoi se mettre en émoi.
Nef légère -------- C’est la nef la plus belle à voir, Cela me laisse sans paroles ; Quand elle navigue, elle vole, Qui sait d’où lui vient ce pouvoir ? Cet art qu’elle a de se mouvoir Lui vient d’une sagesse folle ; Ses voiles, mieux que des guibolles, Accomplissent bien leur devoir. Ce ne sont pas là des fredaines; Chaque saute de vent soudaine Permet à la nef de danser. J’écris cette note furtive Et, sans nul doute, intempestive, Et je l’écris sans y penser.
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