Poème
Complainte variations sur le mot «falot-falotte»
par Jules LAFORGUE
Falot, falotte! Sous l'aigre averse qui clapote. Un chien aboie aux feux-follets, Et puis se noie, taïaut, taïaut ! La lune, voyant ces ballets, Rit à Pierrot ! Falot ! Falot ! Falot, falotte ! Un train perdu, dans la nuit, stoppe, Par les avalanches bloqué ; Il siffle au loin ! Et les petiots Croient ouïr les méchants hoquets D'un grand crapaud ! Falot, falot ! Falot, falotte ! La danse du bateau-pilote, Sous l'oeil d'or du phare, en péril Et sur les steamers, les galops Des vents filtrant leurs longs exils Par les hublots ! Falot, falot ! Falot, falotte ! La petite vieille qui trotte, Par les bois aux temps pluvieux, Cassée en deux sous le fagot Qui réchauffera de son mieux Son vieux tricot ! Falot, falot ! Falot, falotte ! Sous sa lanterne qui tremblote, Le fermier dans son potager S'en vient cueillir des escargots, Et c'est une étoile au berger Rêvant là-haut ! Falot, falot ! Falot, falotte ! Le lumignon au vent toussotte, Dans son cornet de gras papier ; Mais le passant en son pal'tot, Ô mandarines des janviers, File au galop ! Falot, falot ! Falot, falotte ! Un chiffonnier va sous sa hotte ; Un réverbère près d' un mur Où se cogne un vague soulaud, Qui l'embrasse comme un pur, Avec des mots ! Falot, falot ! Falot, falotte ! Et c'est ma belle âme en ribotte, Qui se sirote et se fait mal, Et fait avec ses grands sanglots, Sur les beaux lacs de l'idéal Des ronds dans l'eau ! Falot, falot !
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