Poème
Complainte du soir des comices agricoles
par Jules LAFORGUE
Deux royaux cors de chasse ont encore un duo Aux échos, Quelques fusées reniflent s'étouffer là-haut ! Allez, allez, gens de la noce, Qu'on s' en donne une fière bosse ! Et comme le jour naît, que bientôt il faudra, A deux bras, Peiner, se recrotter dans les labours ingrats, Allez, allez, gens que vous êtes, C'est pas tous les jours jour de fête ! Ce violon incompris pleure au pays natal, Loin du bal, Et le piston risque un appel vers l'idéal... Mais le flageolet les rappelle Et allez donc, mâl's et femelles ! Un couple erre parmi les rêves des grillons, Aux sillons ; La fille écoute en tourmentant son médaillon. Laissez, laissez, ô cors de chasse, Puisque c'est le sort de la race. Les beaux cors se sont morts; mais cependant qu'au loin, Dans les foins, Crèvent deux rêves niais, sans maire et sans adjoint. Pintez, dansez, gens de la terre, tout est un triste et vieux mystère. -Ah ! Le premier que prit ce besoin insensé De danser Sur ce monde enfantin dans l'inconnu lancé ! Ô terre, ô terre, ô race humaine, Vous me faites bien de la peine.
Connecte-toi pour laisser un commentaire.