Poème
Comédie en trois baisers
par Arthur RIMBAUD
Elle était fort déshabillée, Et de grands arbres indiscrets Aux vitres penchaient leur feuillée Malinement, tout près, tout près. Assise sur ma grande chaise, Mi-nue, elle joignait les mains. Sur le plancher frissonnaient d’aise Ses petits pieds si fins, si fins. - Je regardai, couleur de cire Un petit rayon buissonnier Papillonner, comme un sourire Sur son beau sein, mouche au rosier. - Je baisai ses fines chevilles. Elle eut un long rire tris-mal Qui s’égrenait en claires trilles, Une risure de cristal… Les petits pieds sous la chemise Se sauvèrent : « Veux-tu finir ! » - La première audace permise, Le rire feignait de punir ! - Pauvrets palpitants sous ma lèvre, Je baisai doucement ses yeux : - Elle jeta sa tête mièvre En arrière: « Oh c’est encor mieux !… » Monsieur, j’ai deux mots à te dire… » - Je lui jetai le reste au sein Dans un baiser, qui la fit rire D’un bon rire qui voulait bien… - Elle était fort déshabillée Et de grands arbres indiscrets Aux vitres penchaient leur feuillée Malinement, tout près, tout près.
Commentaires (1)
Quand la muse... (Pays de Poésie 9-11-13) ----------------- Quand la muse est déshabillée, Le poète est-il indiscret ? Car, s’il l’a lui-même effeuillée, Il fait bien de se tenir prêt. Pour deux partageant une chaise, Il est requis, l’appui des mains ; Le corps doit se sentir à l’aise, Il y faut des réglages fins. Puis, bien des choses sont permises Quand on a quitté la chemise.
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