Poème
Chatterton
par George SAND
Quand vous aurez prouvé, messieurs du journalisme, Que Chatterton eut tort de mourir ignoré, Qu’au Théâtre-Français on l’a défiguré, Quand vous aurez crié sept fois à l’athéisme, Sept fois au contresens et sept fois au sophisme, Vous n’aurez pas prouvé que je n’ai pas pleuré. Et si mes pleurs ont tort devant le pédantisme, Savez-vous, moucherons, ce que je vous dirai ? Je vous dirai : ” Sachez que les larmes humaines Ressemblent en grandeur aux flots de l’Océan ; On n’en fait rien de bon en les analysant ; Quand vous en puiseriez deux tonnes toutes pleines, En les faisant sécher, vous n’en aurez demain Qu’un méchant grain de sel dans le creux de la main.
Commentaires (2)
Voilà un sonnet bien tourné et toujours d'actualité que Alfred de Musset a écrit sous la dictée de George Sand ; comme ils se sont rencontés en 1833, on peut situer ce texte dans ces années-là. La vie de cette femme est un passionnant roman ; aussi passionnant que tous ses écrits.
C'est le contraire : c'est Sand qui l'a écrit sous la dictée de Musset !
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