Poème
C'est un coq...
par Francis JAMMES
... C’est un coq dont le cri taille à coups de ciseaux l’azur net qui s’aiguise au tranchant du coteau. Mais je veux autre chose encore ? ... C’est la salle à manger sur un parc, à midi. Une femme en blanc, lourde et blonde, pèle un fruit. — Je veux voir autre chose encore ? ... C’est une eau tendrement aimée par le village qui s’y mire et dénoue sur elle ses feuillages, — Je veux voir autre chose encore ? ... Mais quoi donc ? — Oh ! Tais-toi, car je souffre ! Je veux je veux voir, je veux voir au-delà de mes yeux je ne sais quelle chose encore...
Commentaires (4)
Animal d'or et de sable ------------------------- C'est un animal d'or au frémissant museau Qui, tacheté de sable, arpente le coteau ; Quand il entend sonner la cloche de midi, Il dévore une proie, ainsi qu'on me l'a dit. On ne l'observe guère, il vit loin des villages Et fort vite se meut, sauf quand il prend de l'âge. Mais, si j'en ai le temps, j'explorerai les lieux Où chacun peut le voir, un instant, de ses yeux.
Voir https://paysdepoesie.wordpress.com/2015/07/24/animal-dor-et-de-sable/
Maître Coq à la fleur de l’âge ----------------------- Le noble Maître Coq est plutôt vigoureux, Sa lourde charge est loin d’être une sinécure ; Mais il dort calmement, dans les heures obscures, Lui qui n’est nullement un nocturne amoureux. Son appel matinal montre qu’il est heureux, Son âme est affermie, mais elle n’est point dure ; Sa poule préférée dit «Pourvu que ça dure», Couvant de son regard cet oiseau valeureux. C’est un maître indulgent, ce n’est pas un barbare ; Tel un navigateur qui sait tenir sa barre, Il trace son chemin dans la sérénité. Il va droit devant lui, toutes peurs abolies, Méditant des propos de sagesse et folie ; Il comprend que son temps n’est pas l’éternité.
Derniers jours de Maître Coq -------------- Paisible est Maître Coq, jadis aventureux, Dans la sérénité que l’âge lui procure ; Il passe ses vieux jours dans une pièce obscure, Ses potes lui ont dit qu’il peut compter sur eux. Il se souvient des lieux où son coeur fut heureux, Où son âme connut de belles aventures ; Il trouve maintenant refuge en l’écriture, Il ne se risque plus à des jeux dangereux. Il n’eut jamais de goût pour les plaisirs barbares ; Jamais dans la tempête il ne tenait la barre, Il préférait toujours dans un port s’abriter. Son temps est de paresse et de mélancolie, Ce n’est plus la saison de faire des folies ; Ses derniers jours n’ont pas un goût d’éternité.
Connecte-toi pour laisser un commentaire.