Poème
Ce n'est plus moy que veult faire...
par Jacques GRÉVIN
Ce n'est plus moy que veult faire d'un rien grand'chose ; Je ne cizelle plus sur l'immortalité Le soudain changement d'une vaine beauté, Ornant de deshonneur les vers que je compose ; Je ne veux plus cacher par la Métamorphose Cela qui est mortel dessous la déité, Esclavant follement ma douce liberté : Pour un malheur subject ma rythme je dispose. Une dame plus forte a mis hors de prison Ma jeunesse captive ; elle qui est Raison S'est remise en la fin dedans sa forteresse : Là d'une heureuse main bridant la volupté, Me monstra qu'il ne fault, quand on est surmonté, Faire de l'imparfaict une saincte déesse.
Commentaires (1)
Que demander au Ciel, mes amis ? Pas grand-chose : Qu'il nous laisse exprimer un peu nos qualités, Qu'il nous laisse entrevoir un éclat de beauté Dans les nombreux objets dont le Tout se compose. Pas besoin de miracle ou de métamorphose, Le réel nous suffit, dans sa diversité ; Un merveilleux parcours où notre liberté D'innombrables façons en un jour se dispose. La poésie a fait sortir de sa prison La fille de l'esprit, la timide Raison. Elle qui se croyait recluse en forteresse Se plonge maintenant en Mer de Volupté. L'effroi, en peu de temps par elle surmonté, N'est plus qu'un souvenir en son coeur de déesse.
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