Poème
Ce beau corail, ce marbre qui soupire
Ce beau corail, ce marbre qui soupire, Et cet ébène ornement du sourcil, Et cet albâtre en voûte raccourci, Et ces saphirs, ce jaspe et ce porphyre, Ces diamants, ces rubis qu'un Zéphyre Tient animés d'un soupir adouci, Et ces oeillets, et ces roses aussi, Et ce fin or, où l'or même se mire, Me sont au coeur en si profond émoi, Qu'un autre objet ne se présente à moi, Sinon, le beau de leur beau que j'adore, Et le plaisir qui ne se peut passer De les songer, penser et repenser, Songer, penser et repenser encore.
Commentaires (4)
Émerveillement --------------------- Quoi de plus beau qu’un Ronsard qui soupire Quand, de tendresse, il a son coeur transi ? Ses sonnets sont romans en raccourci Pour nous narrer le meilleur et le pire. Il nous conduit aux portes de porphyre Par où l’on passe aux mondes sans souci : Y croît la rose, et les amours aussi, Et les plaisirs, plus que je ne sais dire. Lecteur distrait qui ne fais que passer, Vois ces trésors par Ronsard entassés : Ils sont ici pour que tu les explores. Ton coeur pourra partager son émoi, Puisque ces mots furent écrits pour toi Qui ce sonnet de ta lecture honores.
Âne à chroniques ----------------------- L’âne raconte, et parfois il soupire ; En a-t-il vu, des chevaliers transis ! Mais parfois il décrit en raccourci Des lieux lointains le meilleur et le pire. Il a connu les palais de porphyre Gouvernés par des moines sans souci : Il dit la mort, et les amours aussi, Il dit enfin plus que je ne sais dire. Sur cette route il ne fait que passer, Porteur de grains par grands sacs entassés, Il apprécie les chemins qu’il explore. C’est le baudet sans peur et sans émoi, Âne, tu sais, j’aime écrire pour toi Qui ce chemin de ton passage honores.
Nef de mars et de sable ------------------------- Nous progressons dans le vent qui soupire, Surveillés par les goélands transis ; Dans l’océan n’est aucun raccourci, Du vent avons le meilleur et le pire. Non, ce n’est point une nef de porphyre, Mais bien de sable, aux couleurs du souci : Portant la mort, et les amours aussi, Obscure enfin, plus que je ne sais dire. Sur cette mer il ne faisons que passer ; De lourds trésors ne pûmes entasser, Qui rares sont aux chemins qu’on explore. Fiers matelots sans peur et sans émoi, Nous n’avons point la nostalgie des toits Ni des hauts murs dont nos villes s’honorent.
« Sur cette mer ne faisons que passer » (premier tercet)
Connecte-toi pour laisser un commentaire.