Poème
Blason de l'oeil
Oeil attrayant, oeil arrêté, De qui la céleste clarté Peut les plus clairs yeux éblouir, Et les plus tristes éjouir Oeil, le seul soleil de mon âme, De qui la non visible flamme En moi fait tous les changements Qu'un soleil fait aux éléments, Disposant le monde par eux À temps froid ou à chaleureux, A temps pluvieux ou serein, Selon qu'il est proche ou lointain. Car, quand de vous loin je me trouve, Bel oeil, il est force qu'il pleuve Des miens une obscure nuée, Qui jamais n'est diminuée, Ni ne s'éclaircit ou découvre, Jusqu'à tant que je vous recouvre ; Et puis nommer avec raison Mon triste hiver cette saison. Mais quand il vous plaît qu'il advienne Que mon soleil à moi revienne, Il n'est pas si tôt apparu, Que tout mon froid est disparu Et qu'il n'amène un beau printemps Qui rend mes esprits tout contents ; Et hors de l'humeur de mes pleurs Je sens renaître en lieu de fleurs Dans mon coeur dix mille pensées Si douces et si dispensées Du sort commun de cette vie, Qu'aux dieux ne porte nulle envie.
Commentaires (1)
Mellin de Saint Gelais fait l'éloge de l’œil de la femme aimée. Le poète s'exprime à la première personne et s'adresse à l’œil en l'apostrophant.
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