Poème
Berceuse de la Mère-Dieu
par Marie NOËL
Mon Dieu, qui dormez, faible entre mes bras, Mon enfant tout chaud sur mon coeur qui bat, J'adore en mes mains et berce étonnée, La merveille, ô Dieu, que m'avez donnée. De fils, ô mon Dieu, je n'en avais pas. Vierge que je suis, en cet humble état, Quelle joie en fleur de moi serait née ? Mais vous, Tout-Puissant, me l'avez donnée. Que rendrais-je à vous, moi sur qui tomba Votre grâce ? ô Dieu, je souris tout bas Car j'avais aussi, petite et bornée, J'avais une grâce et vous l'ai donnée. De bouche, ô mon Dieu, vous n'en aviez pas Pour parler aux gens perdus d'ici-bas... Ta bouche de lait vers mon sein tournée, O mon fils, c'est moi qui te l'ai donnée. De main, ô mon Dieu, vous n'en aviez pas Pour guérir du doigt leurs pauvres corps las... Ta main, bouton clos, rose encore gênée, O mon fils, c'est moi qui te l'ai donnée. De chair, ô mon Dieu, vous n'en aviez pas Pour rompre avec eux le pain du repas... Ta chair au printemps de moi façonnée, O mon fils, c'est moi qui te l'ai donnée. De mort, ô mon Dieu, vous n'en aviez pas Pour sauver le monde... O douleur ! là-bas, Ta mort d'homme, un soir, noir, abandonnée, Mon petit, c'est moi qui te l'ai donnée.
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Chambre du fils du charpentier ------------------------------------- Fils du charpentier, dans les bras De ta mère dont le coeur bat, Assumant l'humaine faiblesse, Tu t'endors avec allégresse. Tu n'es pas fils d'un potentat, Modeste sera ton état, Mais de ta mère la noblesse Vaut bien celle d'une princesse. Ton esprit ne s'afflige pas, Tu fais bientôt tes premiers pas Et tu grandis pour la sagesse Que tu as prise pour maîtresse. Charpentier, quand tu grandiras, Vers le supplice tu iras, Te souvenant de ta jeunesse Au pouvoir d'une enchanteresse.
Nous avons pu écouter ce poème, lors de la messe de Noel à Grenade près de Toulouse. que le clergé en soit remercié.
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