Poème
Aux saints
par Germain NOUVEAU
Si, tous les matins de nos fêtes, Nous chantions tous avec amour Sur les harpes des saints prophètes Nos prières qui sont parfaites, Je ne serais pas dans la cour. Si nous récitions nos prières Dans le crépuscule du soir Avec des lèvres régulières, Avant d'allumer les lumières, Je ne serais pas au chauffoir. Si les yeux remplis de beaux songes, Nous demandions, quand vient le jour, Au ciel qui voit tous nos mensonges L'humble foi du pêcheur d'éponges, Je ne serais pas dans la cour. Et quand la lampe s'est éteinte, Si nous sentions sur nos lits noirs La caresse d'une aile sainte, Attendant que l'Angelus tinte, Je ne serais pas au dortoir. Si l'homme s'oubliait lui-même Pour ses frères, comme un retour Des bienfaits du Seigneur qui l'aime, Qui le marque de son Saint-Chrême, Je ne serais pas dans la cour ; Et si nous, les fous de Bicêtre, Nous avions fait notre devoir, Le devoir dicté par son prêtre, Nous serions au parloir peut-être, Ce ne serait pas ce parloir. Sans le diable qui nous malmène, Nul, avec les yeux de son corps, N'aurait vu ma figure humaine Dans la cour où je me promène Et dans le dortoir où je dors. (Poème écrit à Bicêtre)
Commentaires (2)
Très beau poème qu'il faudrait sans la ranger dans la catégorie des fleurs de la grande dépression nerveuse, du fameux "long dérèglement de tous les sens". Au contraire du monde moderne, qui réduit tout cela au "syndrome maniaco-dépressif", le monde antique lui avait profondément compris et respecté ces anges de l'hyper-lucidité. Germain Nouveau a été fût non seulement un poète "sincère" mais un initié au sens antique du terme..
Si c'etait seulement cette "déprime" Pouvant creer de si belles rimes Un beau poeme, elle seule, un jour Alors ce monde serait un rêve Et tous on chanterait dans la cour... Germain Nouveau, ta belle Âme Nous offre un beau poème d'Amour
Connecte-toi pour laisser un commentaire.