Poème
Au Roi
Œuvres poétiques - Première partie
Cher objet des yeux et des cœurs, Grand Roi, dont les exploits vainqueurs N'ont rien que de doux et d'auguste, Usez moins de votre amitié, Vous perdrez ce titre de juste Si vous usez trop de pitié. Quand un Roi par tant de projets Voit dans l'âme de ses sujets Son autorité dissipée, Quoi que raisonne le conseil, Je pense que les coups d'épée Sont un salutaire appareil. L'honneur d'un juste potentat Est de faire qu'en son état La paix ait des racines fermes : Par là se doit-il maintenir Et demeurer toujours aux termes De pardonner et de punir. Contre ces esprits insensés, Qui se tiennent intéressés En la calamité publique, Selon la loi que nous tenons, Il ne faut point qu'un roi s'explique Que par la bouche des canons. Les forts bravent les impuissants, Les vaincus sont obéissants, La justice étouffe la rage. Il les faut rompre sous le faix : Le tonnerre finit l'orage, Et la guerre apporte la paix. Henri, détourne ici tes yeux, Et, regardant ces tristes lieux Consacrés à ta sépulture, Considère comme ton cœur Se lâche et contre sa nature Reçoit un ennemi vainqueur. Toutefois, grand astre des rois, Celle qui te prit autrefois Encore impunément te brave, Ton cœur ne lui résiste pas Et demeure toujours esclave De ses victorieux appas. Grande Reine, en faveur des lys Avec lui presque ensevelis, N'offensez point ses funérailles ; Pour l'avoir à quoi le dessein De venir rompre des murailles Si vous l'avez dans votre sein ? Merveilleux changement du sort! Ce grand Roi, que devant sa mort Vous gagniez avecque des larmes, Est-il si puissant aujourd'hui Qu'il vous faille employer des armes Pour avoir empire sur lui ? Quoique ce grand cœur généreux, Forcé d'un respect amoureux, Ait fléchi devant votre face, Il n'est point si fort abattu Que son fils n'y trouve une place Où faire luire sa vertu. Nous croyons que ces révoltés, A notre abord épouvantés, Se défendront mal à la brèche ; Et qui fera comparaison De vingt canons contre une flèche, Dira que nous avons raison.
Commentaires (3)
Elégante "brosse-à-reluire" :-)
Majesté mélancolique ---------- Un roi dans son jardin méditait autrefois Sur les textes anciens où sont paroles dures ; Il n’en avait pas bien digéré la lecture, Car il n’était pas loin d’avoir perdu la foi. De son ange gardien n’entendant plus la voix, Son âme se perdait dans une nuit obscure ; Tout ce qu’il percevait lui fut mauvais augure, Parfois il marmonnait « Que nous sert d’être roi ? ». Il ne savourait plus les plaisirs de la table, Ni de sa tendre amie les charmes délectables, Laquelle goûtait peu cette morosité. Mais d’une autre Vénus la douceur entrevue Ralluma dans son coeur une flamme ténue, Et tant pis, se dit-il, pour la fidélité.
Roi sans majesté ------- Ce roi gueule un peu fort, mais on le lui pardonne, C’est moins pire que s’il faisait de longs discours ; Il est assez subtil, ce n’est pas un balourd, De sages courtisans toujours il s’environne. L’orfèvre Saint Éloi lui fit une couronne, Son chef en est couvert dès le début du jour ; Avec l’évêque il peut parler de ses amours, Surtout de Margoton, courtisane friponne. Il sait bénir le buis pour le jour des Rameaux, C’est dans la basilique où d’autres rois reposent ; Sous les gisants de pierre ils abritent leurs os. Il n’écrit jamais rien, ni en vers, ni en prose, Il dit qu’être pensant c’est bon pour les roseaux ; Mais il aime les voix du prince et de sa rose.
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