Poème
Après trois ans
par Paul VERLAINE
Ayant poussé la porte étroite qui chancelle, Je me suis promené dans le petit jardin Qu'éclairait doucement le soleil du matin, Pailletant chaque fleur d'une humide étincelle. Rien n'a changé. J'ai tout revu : l'humble tonnelle De vigne folle avec les chaises de rotin... Le jet d'eau fait toujours son murmure argentin Et le vieux tremble sa plainte sempiternelle. Les roses comme avant palpitent ; comme avant, Les grands lys orgueilleux se balancent au vent, Chaque alouette qui va et vient m'est connue. Même j'ai retrouvé debout la Velléda, Dont le plâtre s'écaille au bout de l'avenue, - Grêle, parmi l'odeur fade du réséda.
Commentaires (11)
je lai adorer cette poésie
Une variante : http://lutecium.org/stp/cochonfucius/Verlaine.html
mais normalement elle est pas plus longue ?
Sur un air de Verlaine ....................mais voir ci-dessus (22 novembre) pour une variante au hasard. ------------------------------ Ayant laissé la lionne exquise qui appelle, Je me suis promené autour d’un grand sapin. La lionne savourait le soleil du matin, Sertissant chaque fleur d’une ultime étincelle. Rien n’a changé. J’ai tout perdu : l’humble chandelle De vigne folle avec les animaux marins ; Le mulet fait toujours son murmure mondain Et le moutardier sa plainte froide et formelle. Les douves comme avant palpitent ; comme avant, Les hiboux orgueilleux se soumettent au vent, Chaque jupette qui va et vient m’est connue. Hélas, j’ai retrouvé debout le Franz Kafka Dont l’argent se ternit au bout de l’avenue, -- Pâle, parmi l’odeur pauvre du catalpa.
magnifique, tout simplement de toute beauté. Monsieur Verlaine permette moi de vous féliciter pour ce bijou de la poésie Française.
Voir également http://sonnets-de-cochonfucius.lescigales.org/Verlaine.html
Archer malhabile -------------------- Je vais avec mon arc où le devoir m’appelle ; J’ai le mode d’emploi, tout écrit en latin ; Mais ma main, cependant, tremble dès le matin, Je suis loin, me dit-on, d’être un archer modèle. Puis j’aime mieux flâner avec des jouvencelles, Bergères sans malice aux jupons de satin ; Mais si mon adjudant me convoque soudain, J’abandonne à l’instant la fraîcheur des tonnelles. L’ennemi comme avant se montre ; comme avant, Les drapeaux orgueilleux s’agitent dans le vent, La date de ma mort est encore inconnue. Poutant, je penserai toujours à Cordélia Qui m’offrit sa présence au long de l’avenue, -- Frêle, parmi l’odeur douce du camélia.
Grand chien solipsiste ---------- Cet animal ne vient jamais quand on l’appelle, Que ce soit en moldave, en russe ou en latin ; Il va sur les sentiers dans le petit matin, Arborant un collier d’un antique modèle. Il vole au charcutier un peu de mortadelle, Un peu de saucisson, du lard et du boudin ; Au plus profond des bois il disparaît soudain, Nous ne pourrons jamais en faire un chien fidèle. Avec un brave troll il bavarde souvent, Aussi avec la neige, et la pluie, et le vent ; Ils évoquent entre eux des choses inconnues. Sa mère fut, dit on, l’ondine Cordélia, Qui d’un pays nordique était jadis venue ; Celle qu’on surnomma la Dame aux Camélias.
Cynanthrope --- Trop humanisé Ce chien ne peut obéir, J'en prends mon parti.
Pseudo-quark ------- Je suis très délicat, je fais dans la dentelle, Je suis comme un photon qui jamais ne s’éteint ; Je verse aux neutrinos leur café du du matin, Ils bénissent mon nom de louange immortelle. C’est grâce à mon éclat que la matière est belle, Surtout quand elle adopte un aspect cristallin ; J’ajuste les noyaux, car je suis très malin, Ceux qui ont fait leur temps iront à la poubelle. J’aime aussi, certains jours, me moquer des savants, Surtout quand leurs idées ne sont plus dans le vent ; Ma forme leur échappe et leur reste inconnue. À mon pote Gluon je consacre un tanka, Un texte plein de verve et plein de retenue ; Je le fais illustrer par le maître Édika.
Voir https://paysdepoesie.wordpress.com/2019/02/01/le-seigneur-edika/