Poème
Après le feuilleton
Mes colonnes sont alignées Au portique du feuilleton ; Elles supportent résignées Du journal le pesant fronton. Jusqu'à lundi je suis mon maître. Au diable chefs-d'oeuvre mort-nés ! Pour huit jours je puis me permettre De vous fermer la porte au nez. Les ficelles des mélodrames N'ont plus le droit de se glisser Parmi les fils soyeux des trames Que mon caprice aime à tisser. Voix de l'âme et de la nature, J'écouterai vos purs sanglots, Sans que les couplets de facture M'étourdissent de leurs grelots. Et portant, dans mon verre à côtes, La santé du temps disparu, Avec mes vieux rêves pour hôtes Je boirai le vin de mon cru : Le vin de ma propre pensée, Vierge de toute autre liqueur, Et que, par la vie écrasée, Répand la grappe de mon coeur !
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Porte d'or ------------- La porte d'or au loin s'aligne ; Qui sait si l'on peut s'y glisser ? Au loin, dans le chemin des vignes, Où de beaux songes sont tissés. Un tel portail, dans la nature ? Vers quel terrain, vers quel enclos ? Un portail de bonne facture, Qu'on ne peut franchir au galop. La porte, au sommet d'une côte, Ouvre sur un temps disparu Dont les fantômes sont les hôtes ; Abreuvés de très anciens crus.
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