Poème
Almanach
par Charles CROS
Les fillettes sont bien grandies Qu'on faisait sauter dans ses mains ! Que de cendres sont refroidies ! Voici refleuris les jasmins. Il est un charme aux lendemains, Un bercement aux maladies. Les roses perdent leurs carmins Mais restent de nobles ladies. Sans être ni riche ni fort On attend doucement la mort En contemplant le ciel plein d'astres. Mais il vient des mots étouffants ; On laissera les chers enfants Livrés à de vagues désastres.
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Sauteur-grimpeur -------------------- Dans les bosquets de Normandie, Le sauteur vit, loin de humains ; Sa queue est fièrement brandie Quand il va cueillir le jasmin. Il n’a souci des lendemains, De vieillesse, de maladie, Il danse au-dessus des chemins Avec la grimpeuse étourdie. Il n’est pas riche, il n’est pas fort, Jamais il ne songe à la mort, Puisqu’au ciel sont de si beaux astres. L’air d’ici n’est pas étouffant, Les grimpeurs sont de bons enfants Que ne menace aucun désastre.
Infinité de gueules ---------------- Valeur à l’extrême agrandie, Sa taille défie les humains ; Sa transfinitude brandie Semble trouer le parchemin. C’est le nombre des lendemains, Des embrouilles, des maladies, C’est la mesure du chemin Des promenades étourdies. C’est le plus riche et le plus fort, Celui qui transcende la mort Et nous aide à compter les astres. C’est un concept ébouriffant Qui fait plaisir aux bons enfants Et peut conjurer les désastres.
Instrument de mesure -------------- De mes pupilles agrandies, Je le lis, mais c’est inhumain ; Son hyperprécision brandie Pourrait brûler mes parchemins. Il peut compter les lendemains, Chiffrer le prix des maladies, Dire la longueur du chemin, Aider la mémoire étourdie. Celui qui le fit, il est fort ; Mais est-il vivant ? est-il mort ? Voyage-t-il parmi les astres ? Cet instrument ébouriffant Amuse les petits enfants Mais n’annonce pas les désastres.
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