Poème
A une Tulipe
par François COPPÉE
O rare fleur, ô fleur de luxe et de décor, Sur ta tige toujours dressée et triomphante, Le Velasquez eût mis à la main d'une infante Ton calice lamé d'argent, de pourpre et d'or. Mais, détestant l'amour que ta splendeur enfante, Maîtresse esclave, ainsi que la veuve d'Hector, Sous la loupe d'un vieux, inutile trésor, Tu t'alanguis dans une atmosphère étouffante. Tu penses à tes sœurs des grands parcs, et tu peux Regretter le gazon des boulingrins pompeux, La fraîcheur du jet d'eau, l'ombrage du platane ; Car tu n'as pour amant qu'un bourgeois de Harlem, Et dans la serre chaude, ainsi qu'en un harem, S'exhalent sans parfum tes ennuis de sultane.
Commentaires (2)
Ici la passion du décor Est ambitieuse et triomphante Comme les lèvres de l'infante Sur le front du conquistador. La splendeur que l'amour enfante, Ne saurait jamais être en tort ; Il n'est point de plus beau trésor Au coeur de la ville étouffante. Si quelqu'un t'aime, alors tu peux Oublier les écrits pompeux Et boire un coup sous les platanes. Jadis, le vieux Mathusalem Chantait : « Foin du vaste harem, J'ai bien assez d'une sultane. »
Offrir une tulipe ------------ Maison de l’alchimiste, un étrange décor ; Un page, pour charmer la muse triomphante, Lui offrit cette fleur du jardin de l’infante, Et le voici plus fier que les conquistadors. Les sonnets décalés que cette muse enfante Résonnent dans un temple orné de marbre et d’or ; Le roi regarde ailleurs et la reine s’endort, Le tiède encens répand son odeur étouffante. La suite vous narrer, ma plume ne le peut ; Un scribe du palais, dans un récit pompeux, De l’intrigue de cour étale les arcanes. Quand il entend cela, le vieux Mathusalem, Cessant de caresser les dames du harem, Se souvient des grands yeux de la belle sultane.
Connecte-toi pour laisser un commentaire.