Poème
51 - Après la mort ma guerre encor me suyt
par Maurice SCÈVE
Délie (en vieux français, découpé par emblème de neuf dizains)
CCCCLVI [=CCCCXLVII] . Si tu t’enquiers pourquoy sur mon tombeau Lon [=L’on] auroit mys deux elementz contraires, Comme tu voys estre le feu, & l’eau Entre elementz les deux plus adversaires: Je t’advertis, qu’ilz sont tresnecessaires Pour te monstrer par signes evidentz, Que si en moy ont esté residentz Larmes & feu, bataille asprement rude: Qu’apres ma mort encores cy dedens Je pleure, & ars pour ton ingratitude. CCCCLVII [=CCCCLXVIII] . Vouloir tousjours, ou le povoir est moindre, Que la fortune, & tousjours persister Sans au debvoir de la raison se joindre, Contre lequel on ne peult resister, Seroit ce pas au danger assister, Et fabriquer sa declination? Seroit ce pas, fans [=sans] expectation D’aulcun acquest, mettre honneur a mercy, Ou bien jouer sa reputation Pour beaucoup moins, qu’a Charles Landrecy? CCCCLVIII [=CCCCXLIX] . Flamme si saincte en son cler durera, Tousjours luysante en publicque apparence, Tant que ce Monde en soy demeurera, Et qu’on aura Amour en reverence. Aussi je voy bien peu de difference Entre l’ardeur, qui noz coeurs poursuyvra, Et la vertu, qui vive nous suyvra Oultre le Ciel amplement long, & large. Nostre Genevre ainsi doncques vivra Non offensé d’aulcun mortel Letharge.
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