Poème
06 - Deux ou trois fois bienheureux le retour...
par Louise LABÉ
Deux ou trois fois bienheureux le retour De ce clair Astre, et plus heureux encore Ce que son oeil de regarder honore. Que celle-là recervrait un bon jour Qu'elle pourrait se vanter d'un bon tour, Qui baiserait le plus beau don de Flore, Le mieux sentant que jamais vis Aurore, Et y ferait sur ses lèvres séjour ! C'est à moi seule à qui ce bien est dû, Pour tant de pleurs et tant de temps perdu ; Mais, le voyant, tant lui ferai de fête, Tant emploierai de mes yeux le pouvoir, Pour dessus lui plus de crédit avoir, Qu'en peu de temps ferai grande conquête.
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Ambidestrier ---------------- Fort rapide à l’aller, aussi vif au retour, Quand sa mission s’achève, il peut courir encore ; De monter ce coursier, son possesseur s’honore, Le jour de son achat fut vraiment un bon jour. De ce petit royaume, il fit vingt fois le tour, Il en connaît la faune, il en connaît la flore, Il a vu le couchant et contemplé l’aurore, Trouvant chaque province un aimable séjour : C’est le meilleur cheval, le respect lui est dû, Et pour son cavalier, jamais de temps perdu : Pour aller au combat, pour aller à la fête, D’une telle monture est si grand le pouvoir Qu’elle passe en valeur les plus nobles avoirs, Animal de plaisir, animal de conquête.
Ambipalefroi -------- Je suis un bon cheval, mais je suis un peu lourd, Je devrais prendre garde à ce que je dévore ; Mais la sobriété ne me vient pas encore, Je savoure aujourd’hui mon festin de ce jour. De l’ambidestrier j’entends les longs discours, Il en sait plus que moi sur la faune et la flore ; Il peut même chanter de vieux airs du folklore, Au grand amusement du Roi et de sa cour. J’évite, pour ma part, ce qui est trop ardu, Face aux difficultés je suis un peu perdu ; J’aime l’oisiveté, comme une brave bête. Aux uns va le labeur, aux autres le pouvoir, Dans sa sphère chacun se doit de se mouvoir, Sauf quelques égarés qui n’en font qu’à leur tête.
Ambipavotaure improbable -------- Deux chefs de taureau Sur ce beau corps emplumé, Serait-ce un de trop ?
Goupil-paon de l'arc-en-ciel ------ J'ai dit au corbeau De chanter pour mes beaux yeux, Ça n'a pas marché.
Monstre sans vigueur ----------- Aux mots d’Éros cet animal est sourd, Il n’est de ceux qui leur femelle honorent ; Ni dans le soir, ni quand survient l’aurore Il n’accomplit les gestes de l’amour. Tu ne pourras avoir à lui recours, Dryade au bois, que le désir dévore ; Dans ton grand lit que mille fleurs décorent, Ses muscles las ne feront point séjour. Mais envie-t-il ces amants éperdus Par qui est tant de bonheur attendu ? Il n’eut jamais le goût de telles fêtes. Je ne sais pas s’il a d’autres pouvoirs ; Peut-être est-il un Maître du Savoir, Peut-être a-t-il du plaisir dans sa tête.
Bouddha presque estival ---------- Le bouddha de juin Que le grand soleil réchauffe Médite avec joie.
(variante) Beaux jours du démiurge -------- Le démon de juin Que le grand soleil réchauffe Médite avec joie.
Planète Paradisiacandra -------------------------- Calmes nuits et paisibles jours, Plaisant paysage sonore ; Les oiseaux bénissent l’aurore Qui vient consacrer leurs amours. La lune au ciel nocturne court, Un dragon parfois la dévore ; Mais cela, nul ne le déplore, On attend juste son retour. Ce paradis n’est pas perdu, Mais sans humains, bien entendu ; Ainsi, la nature est parfaite. Serpent, ça peut te décevoir ; Veuille ne pas t’en émouvoir, Fort honorable est ta défaite.
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