JacquesPrevelNé le 21 Juillet 1915 à Bolbec, petite commune de Seine-Maritime proche du Havre, Jacques Marie Prével est surtout connu pour son journal « En compagnie d'Antonin Artaud » dont un film éponyme sera réalisé par Gérard Mordillat en 1993 avec Samy Frey dans le rôle d'antonin Artaud et Marc Barbé dans celui de Jacques Prével.

Pourtant Jacques Prével est aussi l'auteur de 4 recueils de poèmes :

  • Poèmes mortels (1945),

  • Poèmes pour toute mémoire (1947),

  • De colère et de haine (1950),

  • un recueil posthume, En dérive vers l’absolu ( Seghers 1952)

Le style Prévelien

Jacques Prével n'est pas un interprète de la beauté du monde ni un observateur des événements de son époque troublée par la guerre, mais il est le réceptacle de la violence et des névroses engendrées par cette période sombre de l'histoire.
Sa poésie écrite principalement à la première personne est un exutoire à cette souffrance intérieure qui le ronge autant que la maladie qui lentement le tue (il était tuberculeux).

Les poèmes de Jacques Prével sont en vers libres, dépouillés au strict nécessaire afin de crier l'urgence de cette vie fragile et éphémère. La nature est quasiment absente dans sa poésie, la lumière est blafarde et le minéral prend beaucoup de place (pierres, roches en fusion, silex etc).
Le vent est très présent comme élément de son oeuvre (certainement celui des côtes normandes) ainsi que la pluie qui revient dans beaucoup de poèmes.
Les mots sont durs, le sang omniprésent et les poèmes deviennent une mise en scène de sa propre vie chaotique où la violence se manifeste aussi bien dans l'expression de sa double vie amoureuse (Prével partageait sa vie entre deux femmes) que dans l'introspection de sa maladie qui lentement le ronge.

La poésie de Jacques Prével est le miroir de son âme tourmentée, en quête permanente de reconnaissance, d'amitiés et d'absolu. Le sentiment d'etre rejetté par le milieu littéraire autour duquel il gravite dans le Paris de Saint-Germain-Des-Prés fera grandir en lui sa haine et sa colère.
Colère et haine exacerbées par celui qui était devenu son mentor (Antonin Artaud) et qui le poussait à toujours aller plus loin dans sa révolte.
La mort de ce dernier en mars 1948 le laissera profondément démuni, comme il l'écrira dans son journal, et sonne un peu comme sa propre mort. Car le poète Jacques Prével, luttant contre la maladie se met un peu de côté pour devenir une sorte de biographe d'Artaud le Mômo.

Durant les dernières années de sa vie, il va en effet rassembler toutes les notes qu'il avait rédigées lors de ses entrevues avec l'astre noir Antonin Artaud.
Cela donnera naissance à son œuvre la plus connue « En compagnie d'Antonin Artaud »

Mort de Jacques Prével

Le 15 juin 1951, René Delfau adressa un courrier à la tante de Jacques Prével en faisant le compte-rendu de ce que Monsieur Morissot, l'interne de service au sanatorium Alfred Leune avait constaté dans la nuit du 27 mai 1951 :
«  Lorsqu'il pénétra dans la chambre à la suite de l'infirmière, il trouva Monsieur Prével renversé en arrière sur l'oreiller. Sa tête était tournée à gauche et le sang qu'il avait rendu formait déjà un gros caillot devant sa bouche sur l'oreiller. Sa main tenait encore le crachoir plein de sang. Il était mort. Il avait donc juste eu le temps de cracher et de sonner. Une syncope le terrassa presque immédiatement »

Jacques Prevel allait avoir 36 ans... Il est enterré au cimetière de Bolbec. Sur sa tombe on peut lire ces quelques vers :

«  Et je suis las de cette brume qui m'efface
Je suis fatigué de cette misère
Et j'imagine un amour que je pourrais vivre sans pleurer
J'imagine un amour où je pourrais mourir sans regret
»

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Merci à Guillaume Prével, petit-fils de Jacques Prével, pour cet hommage à son grand-père.